Interview Pierre Leclercq, Directeur Design Citroën

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Interview Pierre Leclercq, Directeur Design Citroën

Mis à jour : 8 avr. 2019



Vous avez travaillé pour beaucoup de constructeurs, pourquoi choisir Citroën? Et que vous inspire Citroën ? Jean Pierre Ploué m'a fait une offre cet été que je ne pouvais pas refuser. Parce que Citroën est, pour moi, une marque de cœur, une marque avec laquelle j'ai grandi. Ma mère roulait en Dyane puis en 2cv, mon père en CX, mon grand-père en DS puis en GS. Citroën m'a accompagné toute ma jeunesse. Citroën, par son histoire, représente une responsabilité énorme.

Vous arrivez chez Citroën en milieu de cycle de renouvellement. Je suppose que les futurs modèles étaient bien avancés en termes de style, avez vous modifié certains éléments des futures nouveautés... disons proche? Je n'ai pas choisi de modifier pour modifier. Si je l'ai fait, c'est par envie de les terminer du mieux possible, en ne faisant que rendre plus fort le thème défini au départ.



Dans un monde auto où la possession de la voiture tend à diminuer, est-ce que concevoir une voiture pour de la location, de l'autopartage ou de la possession est la même chose? Et, pour vous, que doivent porter les Citroën en termes de style ?

On assiste à un tournant dans le milieu de l'automobile, dans 10 ans le monde automobile sera totalement différent de celui d'aujourd'hui et c'est, pour moi, une opportunité énorme pour que Citroën amène de nouvelles choses, de nouveaux services et de nouvelles solutions de mobilité. Avec les véhicules autonomes et les nouvelles énergies, Citroën a beaucoup à dire. Et, si ce futur monde automobile peut faire peur, notamment du point de vue émotion, je perçois plutôt de belles opportunités d'apporter des produits tout à fait nouveaux et, en parallèle, de faire des voitures encore plus émotionnelles qu'aujourd'hui. Pour moi, à l'avenir, ces deux offres d'automobiles cohabiteront ensemble.


Le groupe PSA a beaucoup axé sa stratégie sur des véhicules mondiaux pouvant être vendus dans au moins deux régions du monde. Comment dessine-t-on une voiture pour les Européens, les Chinois, les Brésiliens ou encore les Indiens?

Je suis content que Citroën fasse maintenant des voitures dites globales, j'aime l'idée d'avoir une personnalité forte comme peuvent avoir les Citroën actuelles et les vendre dans plusieurs parties du monde. Lorsqu'on débute un projet, nous nous appuyons sur une étude de marché, durant le projet on fait des 'test clinics' dans les différents marchés et on essaie de répondre à certaines remarques. Mais le plus important est que la voiture reste une Citroën, qu'elle soit en Chine ou en Europe, le plus important est que ce soit un véhicule fort qui colle à la philosophie de la marque.


On s'éloigne ainsi d'une certaine philosophie antérieure où on cherchait à avoir des prix de design sans que cela ne se traduise en termes de ventes ?

On cherche toujours à avoir un design exceptionnel dans tous les projets mais je pense qu'il y a d'autres choses à faire.


Revenons au design pur. La face avant des Citroën est fortement identifiable avec les phares à double étage. On sait depuis Ami One que la face avant évoluera avec des LED en "triangle". A votre avis, quelle autre évolution devra avoir le style Citroën ?

Nous nous y attelons actuellement avec beaucoup de travail créatif cette année avec des propositions de style qui sont soit des évolutions, soit des révolutions. Pour moi, le but est de trouver la direction la plus forte d'ici à la fin de l'année, tant en termes de design extérieur ou intérieur mais également en termes d'expérience client. L'objectif est de rendre le futur style Citroën encore plus fort, plus cohérent et plus identifiable.


Citroën Ami One Concept

De même, les faces avant sont très cohérentes mais les faces arrières sont assez différentes notamment dans le traité des feux, est ce que vous allez continuer dans ce sens là où même les faces arrières gagneront une identité forte et commune aux futures Citroën?

Pour ma part, je pense qu'il faut avoir une certaine cohérence entre l'avant et l'arrière donc c'est clairement quelque chose que l'on va chercher à faire et le concept Ami One le montre.



La majorité des voitures présentent une ligne de carre qui plonge vers l'avant pour suggérer le dynamisme. Chez Citroën, nombres de voitures (Traction, DS, CX ou C6) ont, au contraire, la ligne de carre qui plonge vers l'arrière ce qui, personnellement, me plaît beaucoup. Pensez-vous que Citroën puisse revenir à ce genre de design sachant que la marque n'axe pas sa stratégie sur le dynamisme ?

C'est effectivement un effet de style qui a été pratiqué chez Citroën par le passé mais ce n'est pas quelque chose que nous essayons d'apporter dans nos voitures aujourd'hui. C'est quelque chose que nous pourrions utiliser tout comme d'autres marques. Nous recherchons aujourd'hui un langage formel avec l'utilisation de moins de carre possible mais davantage de muscle. Nous cherchons aussi à utiliser des jeux de lumières avec des détails extrêmement techniques. Il est vrai également que chez Citroën on ne recherche pas le côté dynamique ou sportif, on cherche davantage l'horizontalité avec des

capots hauts et une ceinture assez horizontale.



Lorsqu'on se veut disruptif et original, est-ce compliqué de travailler sur des programmes dits « partagés » comme les SUV Peugeot 3008, DS 7 Crossback ou C5 Aircross ?

Non ça ne pose pas de problème. Evidemment, on doit se partager des éléments et le plus important est que les clients ne le voient pas. Lorsqu’il regarde un 3008 ou un C5 Aircross, le client ne sait pas ce que l'on partage ou pas, à moins d'être un expert. Nous devons avoir un style propre tout en partageant un maximum d'éléments. C'est le fruit de beaucoup de travail et de discussions en amont des projets pour que nos designs n'entrent pas en concurrence tout en étant aussi en cohérence avec la gamme de produits. Tout cela se fait sous l'égide de Jean-Pierre Ploué à la direction du Style PSA.

Citroën est sorti d'une période de concepts fabuleux qu'on ne voyait jamais en série. Maintenant, les concepts annoncent, peu ou prou, le design futur. Allez-vous continuer dans cette voie ?

C'est une bonne question. En fait, il n'y a pas de règles. Certains concepts sont là pour nous inspirer, pour inspirer l'industrie automobile et pour montrer jusqu'où on peut aller en créativité et qui sont là pour exprimer certains éléments d'une nouvelle identité visuelle. Ce sont plutôt des concepts extrêmes sans vocation de série mais qui influenceront pas mal de futurs produits. D'autres concepts ne sont pas des véhicules de série mais des visions de ce que l'on va proposer plus tard. Ces concepts sont là pour tester le marché et également annoncer ce que l'on va amener un peu plus tard. Ce sont deux manières totalement différentes de voir les choses et d'aborder les concepts mais, en général, le concept car est là pour faire rêver et nous faire rêver également.


Vous ne vous interdisez pas de refaire de purs concepts cars sans qu'ils soient des show car plus ou moins déguisés ?

Oui absolument. Maintenant, attention, tous les concepts que nous présentons ne sont jamais faits gratuitement, ils servent aussi à pousser la marque et l'automobile en avant en cherchant à amener le plus possible de ces concepts en série.


Quelle stratégie allez vous mettre en place pour le design Citroën. Une évolution en douceur comme Volkswagen entre autres ou des changements plus radicaux entre les générations ?

Clairement, on va vers des changements plus radicaux parce que Citroën est une marque qui le permet. On a une gamme actuellement sur la route extrêmement cohérente, et nous en avions besoin à ce moment de notre histoire. Mais vous allez voir qu'il y aura une grosse évolution de style qui va arriver mais l'après, pour moi, peut être une révolution. On a cette possibilité de le faire dans les marques françaises où il y a énormément de créativité, le but n'est pas de remettre un peu d'eau dans la soupe, tout simplement.


J'aime beaucoup ce mot révolution qui colle bien à Citroën...

On parle toujours d'évolution/révolution dans les familles de véhicules. Mais ici, chez Citroën, on est tout à fait ouvert à beaucoup de créativité.


Dernièrement lors du salon de Bruxelles, vous indiquiez que le style était partie prenante de la stratégie produits de la marque. Vous participez donc activement à la définition de la future gamme Citroën ?

Absolument


On sait que la « Core Model Strategy » impose à la marque huit silhouettes mondiales. Pensez vous qu'avec huit silhouettes, Citroën peut bien couvrir l'ensemble des marchés sur lesquels elle évolue ?

La Core Model Strategy PSA suppose que ce système de modèles doit fonctionner entre les quatre marques du Groupe, quel que soit le nombre de silhouettes. Franchement, je pense que c'est bien fait et intelligent, car l’idée n’est pas que les marques se cannibalisent. Certains modèles sont plus appropriés pour Citroën et d'autres le sont plus pour les autres marques du Groupe. C'est quelque chose dont nous parlons beaucoup ensemble, c'est quelque chose que l'on conçoit avec la marque. Nous essayons toujours d'amener de nouveaux concepts, de nouveaux projets à la direction du Produit et de les inclure dans cette stratégie.


Prendre la responsabilité d'une maison centenaire comme Citroën n'est-il pas intimidant et restrictif, ou bien est-ce une chance de faire différent? Dans votre expérience, aurez-vous plus ou moins de liberté que chez d'autres constructeurs?

Je me rends compte de la responsabilité mais, si on a la passion pour la marque et l'envie de faire de bonnes choses, les 100 ans ne sont pas une restriction, le passé de la marque n’est pas intimidant. Cette histoire doit pousser à faire le mieux possible tout simplement.

Par rapport avec votre expérience chez d'autres constructeurs, est-ce qu'il y a plus de liberté chez Citroën ?

Ça dépend des constructeurs mais globalement chez Citroën on a énormément de liberté.

Vous disiez dernièrement que chez BMW le changement faisait peur alors que chez les constructeurs chinois, ça ne posait pas de problèmes ?

Je n'utiliserais pas le mot peur, mais il est clair que l'enjeu de "rater" un modèle pour certaines marques est bien plus important que d'autres. Ça influence évidemment la prise de risque.


Donc chez Citroën, vous avez plus de libertés pour tenter d'autres choses

Oui, la créativité est clairement encouragée.


Par le passé, Citroën a imposé aux clients certains éléments comme les Airbumps ou les vitres arrière fixes. On sait que ces éléments pouvaient plaire au public mais déplaire aux entreprises et donc faire perdre beaucoup de ventes à Citroën. Allez-vous continuer sur cette voie d'imposer certains éléments ou resterez-vous à laisser le choix aux consommateurs comme avec la dernière C3 par exemple ?

C'est une question difficile. On a pu faire certaines choses par le passé et on va faire d'autres choses qui vont peut-être plaire à certains et pas à d'autres, le but est de faire du design fort en sachant qu'on ne peut pas plaire à tout le monde surtout quand on a envie d'avoir une identité assez forte.


Quelles sont vos sources d'inspiration ? Pour vous designer, directeur du design et pour Citroën ?

Clairement, je ne suis pas seul, j'ai toute une équipe de designers extrêmement créatifs derrière moi qui sont aussi ma source d'inspiration. Alors moi j'ai des idées plein la tête, des choses que j'essaie de réaliser ou j'essaie de pousser les designers dans une direction. Il y a des choses que j'ai dans la tête depuis longtemps ou que j'aperçois dans la vie de tous les jours et que j’essaie d'appliquer au monde de l'automobile. L'inspiration est partout autour de nous : au quotidien, grâce aux clients, l’architecture…


Merci beaucoup Pierre Leclercq

Merci à vous

Passionnément Citroën - 2020 

Contact : passionnementcitroen1@gmail.com 

Clause de non-responsabilité de traduction

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