Interview de Thierry Metroz, Patron du style DS

Pour traduire l'article, faîtes un clic droit sur l'article  puis "Traduire"

Interview de Thierry Metroz, Patron du style DS



DS3 Crossback a été présentée au Mondial de Paris mais avant cela, elle l’a été dans votre tout nouveau studio de design. Parlez-nous en ! C’est quelque chose que je voulais voir aboutir depuis longtemps. Parce qu’il y a une chose qui est importante pour aller au bout de la qualité intrinsèque de chaque individu, de chaque modeleur numérique ou designer, c’est d’avoir un mode d’organisation un peu avant-gardiste.  Alors oui, notre studio ce design est sans doute différent de tous ceux qui existent sur la planète !

Différent dans quelle mesure ? Nous sommes un peu structurés comme une Start-Up ! C’est différent des deux autres studios de l’ADN (Peugeot et Citroën NDA) par son implantation notamment. On a profité de l’opportunité d’un espace qui se libérait pour concrétiser ce studio qui a été terminé un peu avant l’été. En fait, nous l’avons en quelque sorte inauguré au moment de la révélation de DS3 Crossback.

C’est une organisation nouvelle pour un bureau de design ? Nous devons être les seuls à être structuré ainsi. Nous avons toutes les équipes sur un même plateau : les designers « exter » et « inter » mais aussi ce qu’on appelle le « lighting » (optiques et feux, etc), les designers couleurs et matières sans oublier les modeleurs ‘numérique’. Les échanges sont facilités et surtout, rapides. C’est incroyablement efficace.

Combien de personnes travaillent sur ce plateau ? Nous avons un effectif global d’une soixantaine de personnes maximum, avec comme créatifs purs, une vingtaine de designers inter, exter et lighting

Avez-vous d’autres « outils » que ce seul plateau ? Nous avons une salle de maquettage qu’on appelle la « digital room ». C’est une immense salle de réalité virtuelle pour réaliser notre travail de modelage numérique, un endroit magique où nous pouvons visualiser nos travaux en 3D sur un gigantesque écran ! Cette salle est dédiée à la marque DS.

À vous écouter, vous concevez vos produits principalement via le numérique ! Je pense que nous sommes parmi les leaders à ce niveau. Je dirais qu’au style, nous réalisons 80 % du développement d’un nouveau produit en numérique.

Ce nouveau studio de design DS peut-il servir de laboratoire pour les deux autres marques ? Cette organisation est propre à DS et surtout, adaptée à DS. C’est une équipe compacte, plus réduite que celles des autres marques du groupe, ce qui est logique si vous comparez l’étendue des différentes gammes. La direction l’a annoncé : DS va lancer six véhicules d’ici 2022. Deux sont déjà dévoilés avec DS7 Crossback et DS3 Crossback. Nous sommes donc logiquement dimensionnés pour ces programmes…

Le choix du thème de design se concrétise-t-il en numérique ou par le biais d’une maquette physique ? Comme je vous l’ai dit, nous sommes très efficaces pour travailler nos projets en numérique mais évidemment, au final, nous ‘fraisons’ des maquettes échelle 1. Mais celles-ci ne sont pas réalisées en vue du choix du thème de style qui, lui, est fait en numérique. Les maquettes échelle 1 sont là pour optimiser la mise au point du style retenu.

S’il y a une grosse boulette lors du choix en numérique, vous n’avez donc plus le temps de conception nécessaire pour remettre tout d’aplomb ? Il n’y a pas de grosse boulette ! On sécurise tout à chaque étape de la gestation du produit. La grosse boulette ne pourrait concerner que les proportions mais ce domaine, nous le maîtrisons parfaitement en numérique. Lors des premières phases de développement en digital, nous réalisons quand même des maquettes en mousse, hyper précises et très rapides à fraiser. Elles nous permettent de valider les grandes masses, les proportions. Une grosse boulette, ce serait lorsqu’on travaille dans la zone des 3 à 4 centimètres ! Avec nos maquettes échelle 1, on travaille uniquement sur la mise au point du style, dans une fourchette qui n’excède jamais le centimètre.

Avoir pu bénéficier de la nouvelle plateforme CMP, est-ce une chance pour DS ? Ce que nous avons vécu au lancement du programme de la DS3 Crossback est assez rare : faire coïncider le développement d’une nouvelle plateforme avec le lancement d’un nouveau produit. C’est vraiment génial pour les designers ! Lorsque nous avons commencé nos travaux sur DS3 Crossback à la fin de l’année 2014, la conception de la plateforme venait d’être lancée. Nous avons pu faire les premières itérations d’avance de style avec cette nouvelle base technique.

Un hasard du calendrier finalement ? Non, car il était acté bien avant que DS serait la marque qui allait lancer cette plateforme. Nous avons eu la chance ainsi de pouvoir travailler avec les équipes de l’ingénierie sur la conception même de la CMP.

Comment le design interagit avec les décideurs de la technique ? Nous les avons challengés et ils nous ont suivi sur notre volonté d’avoir les plus grandes roues du segment : jusqu’à 690 mm, ce n’est pas rien. Nous voulions aussi des voies les plus larges possibles et pouvoir bâtir sur cette CMP un style avec un capot long, des porte-à-faux courts, etc.

Au sein du groupe PSA, chaque marque a trouvé -ou va le faire assez vite (je pense à Opel)- sa propre identité. Quelle est celle de DS ? La différenciation entre nos marques au sein du groupe relève du travail de Jean-Pierre Ploué.  C’est une partie de son job de s’assurer que malgré le fait que, comme dans tous les grands groupes automobiles nous partageons des plateformes et des composants communs, l’identité des produits Citroën, Peugeot ou DS évoque des territoires totalement différents.

Chez Peugeot, on parle d’émotions, d’efficience, de dynamisme. Et chez DS, quels mots utilisez-vous ? Chez DS, ce n’est pas compliqué : il y en a deux auxquels j’ajouterai une ambition. Ces mots sont : technologie et raffinement. Pour le premier, nous voulons porter les meilleures technologies disponibles dans le groupe. Nous avons aussi la capacité de développer des technologies propres à la marque DS au sein du groupe, d’avoir des composants ou modules spécifiques.

C’est-à-dire ? Je prends un exemple qui va avoir un impact fort sur le grand public : ce sont les poignées de portes affleurantes de la DS3 Crossback. C’est une demande conjointe du produit et du style pour apporter une modernité affirmée. Côté style, c’est fabuleux car on enfante un flanc extrêmement simple, ça rend le design lisse et renforce jusqu’à la qualité perçue. Et puis il y a le côté magique avec ce cérémonial fabuleux lorsqu’on s’approche de la voiture et que les poignées émergent. Ça fait partie de la magie.

Vous allez vous faire chiper l’idée par vos amis de Peugeot et Citroën ! Non, c’est typiquement un module propre à la marque DS. Nous nous sommes battus pour ça. Alors oui, ça coûte évidemment plus cher que des poignées classiques parce que cela implique un développement plus long. Nous avons pu cependant l’intégrer assez tôt dans le développement de la DS3 Crossback.

Même idée pour le module d’éclairage Matrix ? Oui, ce deuxième module est là aussi spécifique à la marque DS. Il a fait partie du cahier des charges ‘produit’ et nous en avons eu connaissance dès le début de nos travaux afin de l’intégrer au mieux. L’éclairage Matrix, ce n’est pas que du style ou de la technique. C’est une prestation extraordinaire pour le client car la voiture pilote le projecteur… Vous pouvez toujours rouler en plein phares et le système gère automatiquement le réglage pour ne pas éblouir une voiture venant en face ou circulant devant vous. C’est vraiment bluffant !

Vous évoquiez également le mot de raffinement pour l’identité de la marque DS… Le raffinement rejoint l’ambition de la marque qui est d’incarner dans le monde automobile, le savoir-faire du luxe français. C’est assurément l’un des ingrédients pour arriver à se différencier du ‘premium’ allemand. C’est cette expression du luxe français que l’on retrouve notamment dans nos intérieurs

Revenons aux débuts de la marque DS : le concept-car Divine demeure-t-il le jalon fort du design de la marque ? Oui, sans conteste.  Nous l’avons présenté en 2014 en même temps que le groupe annonçait la naissance de DS.  C’est le concept-car fondateur de la marque.

À l’époque, la gamme c’était DS3, DS4 et DS5 : ça explique que vos concept-cars très avant-gardistes (E-TENSE, X E-TENSE) ne pouvaient pas s’appuyer sur des modèles futurs encore non définis ? Non. Pour nous, un concept-car de DS3 Crossback deux ans avant sa sortie n’avait aucun sens.  Ce type de présentation ne nous intéresse pas franchement, ce n’est pas notre stratégie ni notre philosophie.  Vous poussez les curseurs très en avant avec la DS X E-TENSE. 

Demain, présenterez-vous des concepts plus rationnels et en phase avec la prochaine gamme DS ? Nos concept-cars sont évidemment l’expression du style de la marque et sont des accélérateurs d’évolutions. Nous n’avons pas de contrainte à respecter, nous avons carte blanche. Nous sommes plus dans l’univers des dream-cars. Mais ne vous y trompez pas, il y a une chose à laquelle nous sommes très attachés : chaque concept nourrit un véhicule de série.

Ce n’est pas flagrant lorsqu’on voit la DS3 Crossback ? Quand vous regardez la planche de bord de DS3 Crossback, vous retrouvez le thème déjà vu sur le concept E-TENSE avec l’intégration de notre trame DS. Avec E-TENSE, nous avions créé un coupé et ce concept d’architecture parle à tout le monde !  Sur un concept-car, ce sont les ingrédients de style – comme la calandre, les optiques, les feux – qui sont connectés aux véhicules de série et qui les nourrissent en direct.  Le concept E-TENSE a été présenté en 2016 mais dessiné en 2015. C’est la période pendant laquelle on dessinait par ailleurs la DS3 Crossback et E-TENSE a naturellement nourri son design.  

Cette stratégie des concept-cars très futuristes est-elle pérenne dès lors qu’aujourd’hui, vous avez une vision claire de votre future gamme à six modèles ? On peut imaginer qu’on fasse des réglages par la suite, pourquoi pas. C’est vrai qu’avec DS X E-TENSE on a poussé les curseurs très loin, notamment sur l’aspect de la voiture autonome.

Elle vous inquiète cette voiture électrique, autonome et connectée ? Ce qui me traumatise en ce moment, c’est cette espèce de pensée unique, « d’Appelisation » du design. Certains constructeurs qui imaginent le futur autonome ou électrique perdent leur identité de marque. Ils enfantent des objets sans caractère, complétement insipides. Il ne faut jamais perdre la notion d’émotion en automobile ! Notre DS X E-TENSE est tout l’inverse de ces concepts stéréotypés. Son côté démonstratif est intense : il y a un côté « Wahooo » lorsque vous la découvrez ! Vous ne vous retrouvez pas devant une machine à laver ou une cabine de téléphérique !

Donc, pas de crainte pour le designer face à l’arrivée des voitures électriques, autonomes et connectées ? Je reste persuadé au contraire que l’arrivée des plateformes dédiées à l’électrique va offrir bien plus de liberté de style en réduisant les contraintes d’architectures classiques. Mais il est vrai que les concept-cars de certains constructeurs ne reflètent pas encore cette liberté. Ça m’affole même !

Nous serions dans une phase de transition dans la mutation annoncée ? Oui, et ça se comprend. Ces voitures que j’évoque ont été réalisées dans l’urgence et ça se voit. Elles ont été parfois conçues sur des plateformes ou des éléments de plateformes existants. Voire, en électrifiant des modèles thermiques. La priorité dans leur cas était d’être présent sur le marché du full électrique.

Il y aura donc une suite à cette génération conçue dans l’urgence ? Oui, il va y avoir une deuxième génération. Il faut sans doute laisser les programmes mûrir encore quatre à cinq ans. Cette prochaine génération de full électrique sera plus mature, plus réfléchie et intégrera les toutes dernières technologies. Et c’est là que vous découvrirez une vraie rupture en termes de style et d’architecture.

Revenons pour finir à votre gamme future. Ce qu’on en voit aujourd’hui, ce sont deux SUV alors que le nom même de votre marque fait référence à une berline iconique… Aujourd’hui, vous n’êtes pas sans avoir remarqué que les SUV sont une solide tendance, même si nous, constructeurs, nous pensons déjà à l’après SUV. Mais bien sûr qu’il y aura une berline DS dans la gamme parce qu’il FAUT en avoir une. Une berline super élégante, très technologique… Tous les clients dans le monde ne se ruent pas uniquement sur les SUV ! Il y a encore des clients pour une belle berline, basse, dynamique et fluide, ne serait-ce que pour le confort.

Qui aura la priorité de révélation de sa berline : Citroën ou DS ? Au sein du groupe PSA, il n’y a pas eu de censure, de dire que si DS fait une berline, Citroën n’en fait pas ou l’inverse. La juste réponse est de dire que nous ferons différemment !


Source : http://lignesauto.fr/?p=5172

Passionnément Citroën - 2020 

Contact : passionnementcitroen1@gmail.com 

Clause de non-responsabilité de traduction

logo-passionDS.jpg
  • Facebook Social Icon
  • Twitter Social Icon
  • YouTube Social  Icon