Citroën Ami 8 : les 55 ans d'une icône argentine au succès méconnu
- Jérémy
- il y a 2 heures
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Si la Citroën Ami 8 est une figure familière de nos paysages européens, où elle a permis à Citroën d’occuper régulièrement la tête des ventes, sa trajectoire internationale recèle des chapitres tout aussi passionnants. Parmi eux, sa carrière en Argentine occupe une place de choix. Dans ce pays d'Amérique du Sud, elle n'a pas seulement été une alternative à la gamme existante ; elle a véritablement permis à la marque de consolider ses positions et de conquérir un nouveau public. Alors que l’Ami 8 fête aujourd'hui ses 55 ans de présence sur le sol argentin, il est opportun de se replonger dans l’histoire de cette voiture qui, sous une appellation interne spécifique, a su adapter le génie de Citroën aux exigences locales.
La genèse de l'Ami 8 argentine : une ambition familiale
La deuxième moitié des années 1960 a marqué pour Citroën une période de forte expansion en Argentine. Avec une usine en pleine croissance et un marché local demandeur de modernité, la marque a initié une stratégie de segmentation précise. Fin 1969, le lancement de la 3CV (évolution locale de la 2CV) posait les bases d'une offre fiable et économique. Cependant, un besoin d'espace et de confort supérieur se faisait sentir. C'est dans ce contexte qu'est présentée, en décembre 1970, la Citroën Ami 8 nationale.
Dérivée de l'Ami 6 européenne — célèbre pour sa lunette arrière inversée dessinée par Flaminio Bertoni — l'Ami 8 argentine s'appuie sur les améliorations esthétiques du modèle français de 1969. Désignée sous le code interne AMF, elle fut commercialisée pour offrir une solution intermédiaire entre la rustique 3CV et les modèles plus haut de gamme. Mécaniquement, elle partageait de nombreux éléments avec la 3CV de deuxième génération, mais se distinguait par l'adoption d'un carburateur double corps Solex 26-35 CSIC, permettant au bicylindre de 602 cm³ de développer 35 ch à 5 750 tr/min.
Contrairement à sa cousine française équipée de freins à disque à l'avant, la version produite à Buenos Aires conservait des freins à tambour à commande hydraulique sur les quatre roues, une solution jugée plus adaptée aux infrastructures de l'époque. Avec son châssis renforcé, ses barres antiroulis et sa garde au sol de 250 mm, l'Ami 8 argentine se présentait comme une familiale robuste, capable d'affronter les routes les plus difficiles tout en transportant cinq passagers et leurs bagages.
Une carrière évolutive : des versions Club, Ambulance et Elysée
Le succès fut immédiat. Dès 1971, première année pleine de production, l'usine de la rue Zepita, dans le quartier de Barracas, assemblait 5 204 unités, soit un tiers de la production totale de Citroën Argentina. Tout au long de sa commercialisation, l'Ami 8 a su évoluer pour rester attractive. En 1972, elle adopte l'appellation Club. Cette version introduisait des changements subtils mais concrets : un système de démarrage à clé Neimann, une nouvelle sellerie noire et des panneaux de porte coordonnés. La palette de couleurs s'élargissait également avec des teintes vives comme le jaune alpin, le rouge Caraïbes ou le bleu Le Mans.
Citroën a également exploré des niches utilitaires avec une étonnante version Ambulance, produite en série limitée. Celle-ci recevait un équipement spécifique incluant une civière articulée et un ventilateur arrière. Mais le point culminant de sa carrière survint en 1977 avec le lancement de la version Elysée. Ce nom, que l'on retrouvera bien plus tard dans la gamme mondiale de Citroën, désignait alors une finition haut de gamme.
L'Ami 8 Elysée se reconnaissait à sa baguette latérale en acier inoxydable, ses jantes perforées et sa teinte exclusive verte. L'habitacle se faisait plus luxueux avec des sièges inclinables en velours côtelé, une moquette en polyamide et un volant rembourré en polyuréthane. L'équipement de série incluait même une radio AM Motorola, un luxe pour l'époque sur ce segment. Ces évolutions ont permis à l'Ami 8 de maintenir une image de voiture polyvalente, capable de passer de l'outil de travail au véhicule de loisir raffiné.
Un héritage de cohérence pour Citroën en Argentine
Lors de l'arrêt de sa production en décembre 1979, le bilan est extrêmement positif : 48 855 unités sont sorties des chaînes de montage argentines. L'Ami 8 n'a pas seulement séduit le marché intérieur ; elle a été exportée vers l'Uruguay, le Paraguay et même vers Cuba, prouvant la pertinence de sa conception pour la région sud-américaine. Elle a parfaitement incarné les valeurs d'accessibilité, de confort et d'ingéniosité chères à la marque aux chevrons.
Cinquante-cinq ans plus tard, l'héritage de l'Ami 8 est plus vivant que jamais. En observant la nouvelle gamme issue du programme C-Cubed, composée des nouvelles C3, C3 Aircross et Basalt, on retrouve la même philosophie. Comme l'Ami 8 en son temps, ces modèles ont été pensés localement pour répondre aux besoins spécifiques des marchés émergents : robustesse, garde au sol élevée, habitabilité optimisée et coût d'usage maîtrisé. Cette continuité historique démontre que Citroën reste fidèle à son ADN. Hier comme aujourd'hui, la marque prouve sa capacité à proposer des solutions de mobilité audacieuses et adaptées, confirmant que la stratégie actuelle s'inscrit dans le sillage d'un succès cinquantenaire.








