Interview d'Arnaud Belloni "Citroën est une marque mondiale d'origine Française"
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Interview d'Arnaud Belloni "Citroën est une marque mondiale d'origine Française"


Arnaud Belloni participait ce 25 juin à un atelier organisé par le CCFA sur le thème “1919-2019 – AUTOMOBILES ET IMAGES, LES CODES ONT-ILS CHANGÉ ?”. L'occasion pour le directeur marketing monde de Citroën de revenir sur la publicité et Citroën et de parler de l'avenir de la marque. Excellence des propos avec plusieurs informations très intéressantes. Je n'ai retranscrit que les interventions d'Arnaud Belloni mais je vous laisse le lien pour que vous puissiez lire l'intégralité de cet atelier.



Arnaud Belloni, j’ai l’impression que vous avez, ces trois dernières années, cassé les codes en matière de publicité et de marketing. Vous utilisez énormément les réseaux sociaux. Je crois que cela vient de votre expérience chinoise. Les gimmicks introduits récemment dans la publicité sont aussi internationaux (Oui are french, Confort is the new kool, Inspired by You ou Citroën Origins). Est-ce une façon de vous affranchir des anciens codes ? Excusez mon retard, qui ne se serait pas produit si les transports publics fonctionnaient bien et s’ils étaient climatisés, incitant les gens à prendre leur voiture, qui est un mode de transport agréable. Je ne sais pas si nous avons cassé les codes. Ce serait présomptueux de l’affirmer. Nous nous inscrivons en tout cas dans l’air du temps. Une information met aujourd’hui 85 secondes pour faire le tour de la planète – qu’elle soit juste ou fausse –, ce qui est lié aux réseaux sociaux. Il faut s’adapter à ce contexte, étant entendu que cette circulation infiniment plus rapide de l’information ne peut que réjouir un directeur de marketing. Les réseaux sociaux me semblent offrir une opportunité exceptionnelle pour les marques. Ils permettent de parler directement à notre audience, c’est-à-dire nos clients, nos futurs clients, nos détracteurs et nos fans. Nous sommes en liaison immédiate et nous exploitons à fond ces possibilités vis-à-vis de tous ces publics. Vous faisiez référence à l’utilisation de l’anglais dans certaines de nos signatures. Reconnaissons que nous utilisons des mots anglais extrêmement simples. « Oui are french ». Surtout, Citroën est une marque mondiale d’origine française. Il y a quelques années, elle n’était qu’une marque française. Or la planète est vaste et nous avons l’ambition de vendre nos voitures dans un grand nombre de pays.

Je crois que Citroën est la deuxième marque la plus collectionnée au monde ? Nous serions la deuxième ou la première, aux côtés d’Alfa Roméo. Lorsque nous communiquons dans le monde entier, nous communiquons neuf fois sur dix en anglais. Nous sommes néanmoins très fiers de nos origines françaises et même de nos origines parisiennes. Nous ne sommes pas nés à Boulogne. Nous sommes nés dans le 15e arrondissement à Paris.

On parlait d’ailleurs d’André Citroën comme du « beau héros de Javel ». Nous vantons volontiers ces origines françaises et parisiennes dans notre communication et dans notre marketing. A titre d’illustration, nos magasins urbains, nos city stores, s’appellent dans le monde entier La maison Citroën et ce nom n’est pas traduit. Dans le monde entier, nos ateliers s’appellent L’Atelier.

C’est « so chic », « so french ». Absolument. Nos centres de vente de véhicules utilitaires, en BtoB, s’appellent aussi, dans le monde entier, la manufacture Citroën. Nous employons donc le français autant que l’anglais.

Cela m’a d’ailleurs pris des mois d’imposer Inspired by You dans le monde entier. Les Anglais sont venus me voir il y a deux ou trois mois en plaidant pour l’utilisation des mêmes mots en français. Ce message est, depuis, devenu Inspiré par vous au Royaume-Uni.

Vous avez aujourd’hui un plan produit extrêmement cohérent, avec le renouvellement de la gamme. Vous décrivez vous-mêmes ces produits comme compétitifs, c’est-à-dire « esthétiquement puissant, personnalisables, bien équipés, avec peu de compromis, des technologies d’aide à la conduite au niveau des meilleurs et une très forte identité ». Le travail a été fait par trois personnes, Linda Jackson (patronne de la marque Citroën), Alexandre Malva (qui a dessiné la ligne actuelle des produits) et Xavier Peugeot, qui s’occupe du produit. Il est aisé, pour moi, de mettre en scène tout cela. Mon métier devient très compliqué lorsqu’on a des produits invendables. J’ai connu cette expérience dans ma vie. Ce n’est pas le cas chez Citroën. C’est plutôt la situation de la marque qui était délicate en 2016, car elle avait été affaiblie. On parle souvent des grandes années de Jacques Séguéla, et il est vrai que son travail a été remarquable. Il y eut aussi, ensuite, de nombreuses années pendant lesquelles on affichait surtout la remise proposée. On ne parlait même plus du véhicule. C’est extrêmement destructeur. Lorsqu’on en est réduit à proposer des remises, à faire parler des stars ou à nouer un partenariat avec Walt Disney, c’est qu’on n’a plus rien à faire dans le métier.

Lors des années « Séguéla », il y avait une liberté totale dans la publicité. On voyait une Visa qui décollait d’un porte-avions, la 205 GTI poursuivie par un avion sur un lac gelé. Tout était très bien. Renault faisait aussi des publicités sublimes à l’époque. Il y avait peu de règles. On pouvait montrer des voitures qui roulaient très vite, faire des donuts sur des parkings. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué, mais cela ne me dérange pas. Je ne fais pas la critique de l’ARPP ni des personnes qui nous compliquent un peu la vie. Je leur demande d’être justes, honnêtes et cohérents.

L’an dernier, j’ai fait une publicité (qui a d’ailleurs bien fonctionné) sur la C3. Un piéton traversait un passage clouté. Le conducteur est un peu distrait (comme cela nous arrive à tous, car nous sommes des êtres humains). La voiture freine toute seule, évitant l’accident. L’ARPP a validé cette publicité. Deux associations de piétons ou de vélos, dont on sentait que les représentants étaient politisés, ont tout fait – en vain – pour obtenir le retrait de cette publicité. Je ne l’ai pas retirée. Je l’ai même repassée quatre ou cinq fois, car je faisais l’apologie de systèmes embarqués qui coûtent très cher, dont le développement a été obtenu après des années d’efforts des industriels et des constructeurs. Ce n’est pas parce qu’un piéton se sent stigmatisé, au motif que, de son point de vue, le piéton était en faute dans la situation représentée, qu’il faut faire une croix sur la mise en avant de ces systèmes qui améliorent notre sécurité à tous.

Je suis père de famille et je ne veux pas que mes enfants ne se fassent écraser sur un passage piéton ni ne se tuent au volant d’une voiture. Dans les années 70, lorsqu’on allait au ski, je dormais sur la plage arrière. Mon père fumait des Gitane sans filtre. Il n’y avait ni ceinture ni ABS dans la voiture. Il faut se réjouir que tout ceci ait évolué.

On est nombreux à avoir voyagé sur l’A7 pour des Paris-Arcachon ou des trajets du même genre. On avait des motards qu’on appelait les anges de la route. Ils étaient plutôt bienveillants, rappelant avec pédagogie les choses à faire ou ne pas faire. Aujourd’hui, on finirait en prison, arrêté comme un bandit de grand chemin C’est un autre débat. En tout cas, les contraintes ne constituent pas toujours un problème. Elles nous rendent plus créatifs, pourvu de ne pas atteindre un point extrême. Un projet de loi proposait par exemple d’interdire toute communication sur les automobiles. Ce n’est pas sérieux.

Arnaud Belloni, vous avez relancé la marque Citroën depuis trois ans. Les constructeurs ne font-ils pas le grand écart, écartelés entre la nécessité de vendre des voitures à moteur thermique tout en faisant la promotion d’hybrides que vous n’avez pas encore en quantité suffisante dans votre gamme ? Ils n’ont plus le droit de vendre du diesel (qui est même devenu un gros mot), mais les produits qui vont le remplacer ne sont pas encore disponibles, sans parler des questions que pose encore l’électrique (durée de vie des batteries, recyclage, etc.). Lorsque je me lève le matin, je ne suis pas inquiet. Nous vivons une époque formidable. Les choses ne sont pas plus compliquées qu’avant. Il y a de la place pour énormément de créativité.

Les voitures seront sans doute, un jour, entièrement autonomes. Je suis certain qu’elles rouleront à l’énergie électrique, à l’hydrogène ou avec une source d’énergie que je ne connais même pas. Je ne suis pas chercheur ni universitaire. Je suis un publicitaire qui a pour rôle de sublimer la marque et de faire en sorte de la vente le plus vite possible, car nous sommes face à des patrons dont la patience n’est pas la principale qualité.

Il y a un discours formidable à tenir sur le véhicule électrique, de même que sur la sécurité. Je n’ai pas non plus de difficulté à communiquer, en tant que marque, sur la liberté. C’est ce que nous avons fait avec le film de marque, utilisant la musique de Supertramp, qui plaît au grand public. Mon marqueur est le grand public.

Si le grand public raffole de nos campagnes et achète nos voitures, je serai parfaitement heureux. Le monde recèle d’opportunités et nous les saisissons.

Nous avons présenté ce que nous allons faire en matière de véhicule électrique. Nous passerons à l’offensive l’an prochain avec le plug in hybride. Il y a deux mois, j’ai briefé mon agence de publicité en vue des campagnes de l’an prochain. Nous avons de longues séances, depuis un mois et demi, au cours desquelles mes équipes me présentent les campagnes de l’an prochain. Nous en avons validé cinq hier. Nous allons les produire entre septembre et décembre. Il y a énormément de nouveautés qui vont arriver, et elles répondront à certaines des questions dont nous discutons. Elles parleront de l’électrique, de l’humain, de sécurité. Les règles ne constituent pas un problème. Ce sont des obstacles à contourner, avec humour ou émotion.

Le slogan de la marque Citroën est « inspiré par vous ». Ce n’est pas un slogan vide, car personne ne croit à un slogan vide. Depuis trois ans, nous ne présentons pratiquement que des situations réelles dans nos publicités. Ce sont de vraies personnes, de vraies histoires, généralement autour d’expériences automobiles.

La campagne diffusée actuellement sur les véhicules familiaux montre ainsi, à travers une petite fille, que la meilleure place, dans la voiture, est celle qui se trouve au milieu, à l’arrière, à l’image de ces moments du samedi matin où nos enfants viennent nous réveiller en se plaçant au milieu, entre papa et maman. Cette publicité marche très bien. Elle est très populaire. Les post-tests confirment les pré-tests de ce point de vue. Nous le vérifions aussi par les réseaux sociaux. Cette publicité plaît énormément car elle résonne avec la vie des gens. Nos messages se fondent sur la vie réelle. Nous ne faisons pas rouler un SUV sur 3

la planète Mars. Cela n’a aucun sens, car personne n’y croit. Cela a déjà été fait, à l’image de la Visa décollant du porte-avions. Cela ne marche plus aujourd’hui. D’autres choses fonctionnent. L’humour fonctionne très bien. Il s’articule très bien avec la vraie vie. C’est précisément notre approche publicitaire chez Citroën.

Vous évoquiez cette petite fille qui place la petite poupée tahitienne sur le tableau de bord de la voiture, et qui est déçue car elle est reste parfaitement immobile, malgré les aléas de la chaussée. Puis elle le pose sur le tableau de bord de son bus jaune de transport scolaire, où la petite poupée s’agite en tout sens, ce qui amuse beaucoup la petite fille et sa camarade. Absolument. Savez-vous pourquoi ce bus est américain ? C’est parce qu’il n’y a pas de symbolique du bus de transport scolaire en Europe. Dans l’imaginaire collectif mondial, le bus permettant de se rendre à l’école est le bus jaune américain que chacun visualise immédiatement. Il se trouve aussi que nous avons tourné ce spot en Afrique du Sud.

Nous avons aussi à l’esprit la publicité d’un concurrent français, présentant deux passagers sur leur siège, à un mètre au-dessus du sol dans un paysage de grands espaces, avec seulement les roues du véhicule visibles autour d’eux. On revient dans la voiture. Un coup de fil arrive et la femme choisit de couper la communication pour profiter de l’instant. On est tellement bien dans la voiture qu’on ne veut pas être dérangé par des intrusions extérieures. C’est une représentation de la voiture totalement désincarnée. Nous avons aujourd’hui tous les outils pour exercer notre art – car nous le voyons ainsi. De nombreux outils scientifiques sont aussi à notre disposition afin que nous ne commettions pas d’erreur. Nous savons que nous sommes sur la bonne voie lorsque nous plaçons nos clients dans un contexte qui est celui de leur vie quotidienne, en mettant en scène l’affect ou l’humour. D’autres le font très bien. La publicité pour l’utilitaire Volkswagen, diffusée actuellement, est un chef-d’œuvre, montrant un professionnel chez son médecin, car tous ses clients et partenaires le félicitent en lui tapant sur l’épaule.

Un jour, ces messages font figure de référence dans une conférence comme celle qui nous réunit aujourd’hui.

Effectivement, en voyant la publicité dont vous parlez, avec des sièges suspendus dans le ciel, j’ai été rassuré. Je me suis dit « nous allons continuer de vendre des C3 »

J’ai l’impression qu’on est souvent, avec les messages du groupe PSA, dans la campagne, dans des espaces ouverts. La série des Aircross en offre une illustration. Effectivement, le film C5 Aircross ne se déroule pas en ville. Le film C3 Aircross présente un environnement plus urbain car c’est un véhicule plus citadin. Le spot C3 se déroule en ville mais il y a du monde dans la rue. Les autres modèles ne circulent pas en milieu urbain. Je ne suis pas sûr, de toute façon, que ce soit le sujet.

Notre métier est de développer les solutions de transport dont les gens ont besoin ou d’inventer celles qui n’existent pas. Nous avons présenté à Genève Ami One Concept, véhicule deux places, électrique, qui se conduit sans permis. Il roule à 45 kilomètres/heure maximum, ce qui vous interdit de perdre le périphérique ou l’autoroute mais ce n’est pas là une difficulté pour une utilisation urbaine. C’est même un atout.

Le vrai problème réside dans les obstacles à l’utilisation de l’automobile, à commencer par l’obtention du permis de conduire et le coût de celui-ci (1 800 euros en moyenne). Un autre obstacle réside dans le stationnement : si mes enfants, une fois le permis en poche, achètent une voiture, ils ne pourront la garer. Cela leur coûtera 150 euros par mois pour louer un parking et l’achat lui-même du véhicule sera compliqué. Il faut donc casser ce modèle si l’on veut que la voiture reste dans les centres-villes. Il n’y a pas de fatalité de ce point de vue. Il ne s’agit pas de critiquer Anne Hidalgo. Ce n’est pas le sujet. Les constructeurs doivent développer des solutions.

C’est ce que nous faisons. Ami One Concept est un laboratoire et deviendra très vite une réalité. Nous en reparlerons lorsque ce sera le cas. Je suis sûr que ce produit aura ses fans et ses détracteurs. Ceux-ci seront sans doute les amoureux de l’automobile à l’annonceur. Tous les autres, tous ceux qui utilisent Blablacar ou une trottinette, en prenant des risques importants pour eux et pour les autres, vont revenir à la voiture, mais pas celle que nous connaissons.

Il faut tout revoir. Il faut revoir le coût d’accès à l’automobile. Il ne faut plus miser sur la propriété mais sur le partage, même si la propriété continuera d’exister. Nous travaillons très fortement en la matière et nous avons l’intention de lancer un coup de pied dans la fourmilière, comme le fut l’arrivée de la 2CV au lendemain de la guerre. La voiture ainsi réinventée sera un outil de liberté.

On essaie de nous faire croire que la voiture ne fait plus rêver et ne constitue pas un outil de liberté. Jean-Marc Thévenet l’a bien dit, et nous retrouvons ce désir à la naissance du mouvement des gilets jaunes. Les gens veulent se déplacer, qu’il s’agisse d’aller travailler ou de faire ses courses.

70 % des Français utilisent leur voiture pour aller au travail. A nous d’être responsables, modernes et d’innover. Il y aura des modèles urbains, ou super-urbains, et de nouvelles générations de véhicules, qui seront sans doute entièrement autonomes, en particulier des utilitaires. Je fais le pari que nous aurons dans quelques années, à Paris, des modules de livraison entièrement autonomes, qui circuleront sans pilote. Cela résoudra une partie des problèmes d’encombrement. Le modèle autonome pour le grand public viendra un peu plus tard, car il faut qu’il soit fiable et que les gens puissent y accéder.

Le véhicule entièrement autonome pose d’énormes problèmes de coût, du fait notamment des redondances à mettre en place pour assurer sa sécurité. Tout à fait. Mais cela va venir. Allons-nous nous ennuyer dans un véhicule ? Je n’en suis pas certain. Appréciez-vous aujourd’hui de parcourir 800 kilomètres dans une voiture ? Même au volant, c’est ennuyeux. Il y aura une phase durant laquelle le conducteur pourra prendre le contrôle de la voiture autonome. On pourra aussi apprécier la vie à bord. Ce ne sera jamais que la promesse faite par Renault, des « voitures à vivre », qui va enfin pouvoir se matérialiser.

En vous écoutant, j’ai l’impression que la publicité est écartelée entre le « politiquement correct » et le grand public. On ne sait plus où se termine l’info et où commence la propagande. Doit-on relayer le discours du gouvernement, ce que j’appelle le « politiquement correct » (c’est-à-dire le discours en faveur de la sécurité, de l’environnement, etc.) ? La question des gilets jaunes est évidemment partie des 80 kilomètres, qui a été décidée par le politiquement correct. La publicité n’est pas allée à la remorque de ce mouvement. Elle est restée silencieuse. Le grand public, lui, a réagi très fortement, tant la mobilité est cruciale pour lui. Je crains que la publicité ne soit parfois trop parisienne. La publicité est mondiale, non parisienne. Les publicités sont faites par des équipes du monde entier. Les briefs partent d’ici (de Rueil-Malmaison pour être précis) mais les créatifs sont dans le monde entier. Nous faisons partie d’une grande agence française, BETC, qui a créé une entité dédiée à notre activité, Traction, laquelle organise, à partir d’un brief, des compétitions mondiales. Le bureau de Londres, celui de Buenos Aires et celui de Tokyo planchent sur le même sujet.

Nous n’avons pas rebondi, en tant que marque, sur le mouvement des gilets jaunes, ce qui nous semblait un terrain très glissant. Nous traitons très souvent dans nos publicités des sujets de tous les jours. Cela dit, nous n’avons pas retiré ni atténué de message du fait du mouvement des gilets jaunes. Il y a une seule chose que j’ai modifiée, à propos du film C3 Aircross, dans lequel la voiture absorbe des chocs. Les objets étaient tous jaunes à l’origine. Nous étions au début du mouvement. Le film avait été validé en septembre. Au mois de décembre, j’ai demandé que tous ces produits deviennent, dans le film, orange vif.

Il y a quelques mois, les pubs Citroën comportaient une baseline « Euro 6.2 ». Pourquoi ne pas en avoir fait un cheval de bataille ? Le groupe PSA était prêt pour ces normes, contrairement à plusieurs concurrents allemands ou même français. Nous avons apposé cette vignette sur l’ensemble de nos publicités. Peut-être aurions-nous pu concevoir une publicité autour de ce seul message mais j’ai eu l’impression que cela n’allait pas intéresser les gens.

Nous avons eu, chez Citroën, ne serait-ce que dix réunions pour savoir quel nom utiliser pour désigner ces normes. Le grand public souhaite avoir des moteurs conformes aux spécifications, qu’ils soient disponibles, sans surcoût. C’est tout ce qui l’intéresse. Néanmoins, dès que j’aurai quatre véhicules électriques dans ma gamme, j’en parlerai au grand public, sans pour autant trahir les codes de communication de la marque. Je ne vais pas faire du clientélisme. Une marque reste ce qu’elle est et évolue par petites touches, même si l’environnement change. Si des spots tels que celles qui met en scène Teddy Riner existent, c’est parce que certaines marques n’ont aucune vision. C’est tout le problème. Ces gens-là sont en train de massacrer l’ADN de leur marque.

Il n’y a aucune incompatibilité entre le court terme et l’image d’une marque. Peugeot, avec la publicité mettant en scène un petit chien supposé avoir ruiné le salon de sa propriétaire, fait une publicité de « trafic », qui amène les gens dans les concessions à l’occasion des portes ouvertes. C’est très bien fait. Les messages de Seat sont très bien faits aussi. C’est humain, inspirationnel.

Chez Citroën, nous aurons l’an prochain quatre ou cinq spots dans cette logique plus court-termiste. Il ne faut pas y voir le reflet de la stratégie de la marque. Le grand écart constitue souvent une figure imposée dans la vie économique. Aucune organisation ne peut s’en affranchir. Il est permanent mais nous devons savoir le pratiquer. Ce n’est pas un problème.

Il se trouve que je dirige un MBA en France. Je suis face à des jeunes de 23 ou 24 ans que je vois tous les jours. Si nous plaçons beaucoup de mythe et d’affect dans l’automobile, ce n’est pas leur cas. La voiture est, pour eux, un outil. Ils ont besoin de se déplacer et souhaitent une solution de mobilité plutôt qu’un objet déterminé tel que l’automobile. Celle-ci ne charrie pas l’imaginaire que nous, ici, lui associons. Vers 35 ans, la voiture commence pour ses utilisateurs à devenir un objet social. Nous retrouvons là ce que nous avons connu et qui a été très bien rappelé dans la mise en perspective des publicités des décennies passées. La voiture, désormais, pour une partie croissante de la population, c’est un taxi ou un VTC que j’emprunte. Ne serait-il pas intéressant, pour une entreprise comme Citroën, de devenir une entreprise de VTC, avec pour argument de transporter les clients dans des véhicules Citroën ? Admettez d’abord que les jeunes qui font des MBA ne représentent pas toute la France, car un MBA coûte à peu près l’équivalent de quatre voitures. Cette génération qui n’a pas accès à l’automobile, pour les raisons que j’évoquais, ne sait pas comment l’appréhender. Ils utilisent volontiers Blablacar. Le VTC coûte cher, et même de plus en plus cher. J’en étais un adepte et je suis. C’est à nous de leur proposer des solutions de mobilité pertinentes, faute de quoi une génération va décrocher par rapport à l’automobile. En fait, ils ne décrochent pas totalement : on les retrouve un peu plus tard mais ils ne le disent pas car ce n’est pas dans l’air du temps. Nous devons développer les solutions de transport qui leur correspondent. Nous y travaillons et cela prend un peu de temps.

Le groupe PSA a développé il y a trois ou quatre ans, un agrégateur de solutions de mobilité, Free To Move. Cela n’intéressait personne lorsque nous avons lancé ce service. Aujourd’hui, il prend corps et suscite de plus en plus d’intérêt. Avec cette application, vous pouvez, en vous géolocalisant, avoir accès en un clic à toutes les solutions de transport disponibles, de la trottinette au scooter électrique en passant par le VTC et l’ex-Autolib. C’est exactement ce que recherchent les jeunes générations. C’est ensuite le prix de la solution de mobilité qui déterminera le choix de la solution. Free to Move existe dans un certain nombre de pays et nos solutions de mobilité disruptives vont arriver dans les prochains mois.

Je voudrais aussi vous livrer un message d’optimisme. Nous avons récemment fêté les cent ans de Citroën dans le 15e arrondissement, avec l’accord de Madame Hidalgo et l’accord du maire de l’arrondissement. Nous l’avons fait à Beaugrenelle. Nous avons mis cent voitures dans la rue. Je craignais que les riverains ne protestent, que des gilets jaunes allaient se présenter… Rien de cela ne s’est produit. J’ai vu des personnes de tous les âges, de 7 mois à 107 ans ou presque. Les gens n’étaient pas du tout déconnectés de la voiture. Ceux qui ont 20 ans aujourd’hui ont des histoires liées à l’automobile. J’ai des jumeaux de 12 ans, un garçon et une fille. Ils adorent les voitures. Je crois qu’il faut être cool. Tout n’est pas dramatique. Nous allons y arriver tous ensemble.

C’est ce qui sauvera la passion automobile et le patrimoine automobile, sous cette appellation de « patrimoine », dont il faut souhaiter qu’il soit préservé afin d’échapper aux funestes projets de certains politiciens. Le succès des véhicules de collection n’est-il tout simplement pas le signe du fait de l’amour que nous portons aux voitures ? Lorsque j’ai commencé à travailler pour Lancia, il y a quelques années, je n’ai pas tout de suite bien pris la mesure du phénomène. Je me suis dit que si un jour, je travaillais pour Citroën, je n’aurais pas le droit de ne pas le saisir. Je me suis énormément intéressé à l’héritage. J’ai créé un site, Citroën Origines, afin que le monde entier ait accès à l’héritage Citroën, sans devoir aller à Aulnay-sous-Bois. Les gens aiment authentiquement, et cela ne concerne pas seulement des personnes ayant la cinquantaine. Je me trouvais il y a quinze jours en Argentine et au Chili. J’ai rencontré les journalistes, les représentants du réseau et des collectionneurs, assez aisés, à deux heures de route de la capitale argentine. De nombreux jeunes de 20 ou 30 ans participaient à ce rassemblement. Les plus jeunes n’avaient pas tous des SM, plutôt des 2CV ou des Méhari. Une jeune femme avait une Visa qui ne payait pas de mine, l’un des premiers modèles. Le mouvement d’amour vers les véhicules de collection n’est pas seulement une réaction ni un phénomène spéculatif (même s’il peut exister). Je trouve ce phénomène passionnant. C’est aussi un formidable message d’espoir pour l’automobile dans son ensemble.

On râle au moment de payer son permis de conduire mais on se précipite pour acheter un smartphone à 1 200 euros ou une tablette à 600 euros. Le constructeur n’aurait-il pas intérêt à réenchanter l’accès à l’automobile, en proposant plutôt une citadine biplace et en inventant un service d’épargne, à l’intention des parents qui pourraient très tôt mettre de l’argent de côté pour faciliter l’obtention du permis de leurs enfants le moment venu ? Cette réflexion vient de l’observation de nombre de mes collègues, qui ont 28 ans et n’ont pas le permis, alors qu’ils sont très bien équipés dans d’autres domaines tels que les outils numériques. Il me semble que le véhicule que j’évoquais, Ami One Concept, qui est un véhicule deux places, urbain, électrique, répond en grande partie à votre interpellation. Nous n’avons pas encore discuté du prix de ce projet mais celui-ci se veut disruptif au regard de l’offre actuelle. Aujourd’hui, une voiture coûte souvent 20 000, 30 000 euros ou représente un loyer de 150 ou 250 euros par mois. Pour rendre le véhicule réellement démocratique, ce coût doit être de 20 euros par mois, ce qui est impossible avec les produits existants sur le marché. Aujourd’hui, un abonnement Canal Plus est hors de prix, ç près de 80 euros par mois, contre 12 euros pour Netflix.

Il faut inventer une nouvelle génération de produits qui soient accessibles au plus grand nombre. C’est la vocation de Citroën. C’est pour cette raison que la marque a été créée en 1919. C’est pour cela que nous avons fait la Type A, et que fut créée, plus tard, la 2CV. Nous devons revenir à cette vocation, et s’y atteler sur le plan industriel. Nous y travaillons. Nous devons aussi adapter l’offre, afin que celle-ci soit au prix d’un forfait téléphonique. Je n’ai pas un smartphone à 1 800 euros mais je crois que j’ai raté deux générations de smartphones. En tout cas, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de proposer un service d’épargne. C’est le métier des banques. Nous concevrons plutôt l’outil de mobilité qui convienne à ces générations. Ensuite, si le produit est pertinent, il sera décliné, de même que les monospaces se sont déclinés dans toutes les tailles et que les SUV se déclinent dans toutes les tailles.



Source : https://ccfa.fr/antibrouillard/1919-2019-automobile-et-images-les-codes-ont-ils-change/

Passionnément Citroën - 2020 

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