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Xavier Chardon (Citroën) : « Sans voitures à moins de 15 000 €, le marché ne se redressera pas »

Illustration  Citroën C1

Le paysage automobile mondial affiche une dynamique de reprise contrastée, mais un constat s'impose avec une acuité particulière : le marché automobile européen semble marquer le pas de façon structurelle. Alors que les grandes puissances économiques comme les États-Unis ou la Chine ont déjà retrouvé, voire dépassé, leurs volumes d'immatriculations d'avant la crise sanitaire, l'Europe reste la seule région au monde à ne pas avoir opéré ce redressement. Cette situation préoccupante s'explique par une conjonction de facteurs complexes : une inflation galopante, des tarifs de vente qui atteignent des sommets historiques et une transition vers l'électrification qui, bien que nécessaire, ne répond pas encore aux réalités financières de l'ensemble des ménages. Face à ce blocage, Xavier Chardon, PDG de Citroën, tire la sonnette d'alarme et exhorte les décideurs européens à repenser l'accessibilité automobile pour éviter un déclin durable du secteur.

Le constat alarmant de Xavier Chardon sur le marché européen

Pour comprendre l'ampleur du défi, il faut observer les chiffres avec pragmatisme. Le secteur automobile en Europe subit un déficit de volume qui ne semble pas se résorber avec le temps. Xavier Chardon a récemment partagé une analyse sans concession sur l'état de santé de l'industrie sur le Vieux Continent. Selon lui, le décalage entre l'Europe et le reste du monde est une anomalie qu'il convient de traiter en urgence.

« Le marché européen est le seul à ne pas s'être encore remis de la Covid », a expliqué Xavier Chardon. « Les États-Unis s'en sont remis, la Chine s'en est remise, même l'Amérique du Sud s'en est remise, pourtant en Europe, nous avons toujours un déficit de trois millions de voitures, trois millions de personnes qui n'achètent plus de voitures. » Ce manque à gagner de trois millions d'unités par an représente une perte colossale pour les constructeurs, mais témoigne surtout d'une déconnexion croissante entre l'offre des fabricants et la demande réelle des consommateurs. Pour le dirigeant de la marque aux chevrons, l'explication est avant tout économique : une part prépondérante de ces clients potentiels a tout simplement été évincée du marché par la disparition des modèles d'entrée de gamme. Chardon souligne ainsi que le manque de voitures économiques est le principal moteur de cette stagnation.


La fin des voitures abordables : un frein majeur à la consommation

La disparition progressive des petits modèles abordables n'est pas le fruit du hasard. Elle résulte de l'accumulation de contraintes techniques et réglementaires. L'électrification massive, bien qu'indispensable pour les objectifs climatiques, a engendré un surcoût immédiat lié au prix des batteries. Parallèlement, les normes de sécurité successives (comme GSR2) et les difficultés d'approvisionnement en composants électroniques ont poussé les prix vers le haut. Aujourd'hui, l'achat d'un véhicule neuf demande souvent un investissement proche de 30 000 €, un seuil inatteignable pour une large frange de la population.

Xavier Chardon pointe du doigt cette barrière financière qui fragilise les marques généralistes. « Soixante pour cent de ces trois millions de voitures s’expliquent par le simple fait qu’il n’existe quasiment aucune voiture disponible à moins de 15 000 € ou 15 000 £ », a-t-il précisé. Si certains modèles comme la Dacia Sandero parviennent encore à se maintenir sous cette barre psychologique, ou si la Citroën ë-C3 peut y prétendre grâce à des dispositifs de soutien comme le bonus écologique ou le leasing social en France, ces cas restent des exceptions. Le dirigeant s'inquiète également du vieillissement du parc roulant : « Il est assez triste de constater que l'âge moyen des voitures a augmenté de plus de deux ans ces cinq dernières années. En Europe, il dépasse désormais les 12 ans. » Cette situation paradoxale montre que, faute de moyens, les automobilistes prolongent la vie de véhicules plus anciens et souvent plus polluants. Cependant, l'espoir d'un retour aux véhicules accessibles semble se dessiner à l'horizon législatif.


Catégorie M1E : la lueur d’espoir pour le retour de l’accessibilité ?

Consciente de l'impasse actuelle, la Commission européenne étudie des pistes concrètes pour redonner du souffle au marché. L'une des solutions les plus sérieuses réside dans la création d'une nouvelle catégorie de véhicules électriques, baptisée M1E. Ce segment intermédiaire permettrait de commercialiser des voitures électriques plus simples, plus légères et surtout plus abordables, grâce à un allègement des normes technologiques et sécuritaires superflues pour un usage urbain ou périurbain.

Citroën, fidèle à son ADN de marque populaire, a déjà manifesté son intention de se positionner en leader sur ce futur créneau. L'enjeu est également stratégique pour les constructeurs vis-à-vis des normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy). En effet, les véhicules de cette catégorie M1E pourraient bénéficier d'un coefficient de 1,3 dans le calcul des émissions moyennes des flottes. Disposer de tels modèles permettrait donc aux constructeurs de compenser les émissions de leurs véhicules plus imposants tout en évitant de lourdes amendes. Ce levier réglementaire est une nécessité pour l'industrie européenne afin de rester compétitive face à l'offensive des marques chinoises. Des rumeurs persistantes évoquent d'ailleurs une collaboration entre Citroën, Fiat et le partenaire Leapmotor pour concevoir une citadine électrique sous la barre des 15 000 €, marquant ainsi une rupture avec l'inflation actuelle.

Conclusion : Citroën, futur leader du segment d’entrée de gamme ?

Le diagnostic posé par Xavier Chardon met en lumière une réalité sociale et industrielle incontournable : l'Europe ne pourra pas renouveler son parc automobile sans proposer des solutions de mobilité financièrement acceptables pour la classe moyenne. Le manque de véhicules neufs accessibles accélère le vieillissement des voitures en circulation, ce qui va à l'encontre des objectifs de sécurité routière et de décarbonation.

Toutefois, la réaction de la Commission européenne avec le projet M1E et la volonté affichée de Citroën d'investir ce segment apportent une note d'optimisme. En cherchant à proposer des véhicules pragmatiques, la marque française pourrait redevenir le fer de lance d'une automobile inclusive. Il reste désormais à savoir quel sera le calendrier précis de ces nouveautés et quelle forme prendra cette nouvelle génération de voitures "essentielles", qui pourrait bien redéfinir les standards du marché européen pour les années à venir.

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À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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