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[Série spéciale Citroën] Citroën GS Basalte : L'histoire d’une série limitée devenue mythique

Citroën GS Basalte

La Citroën GS Basalte : une pépite née d’un rendez-vous manqué avec l’Amérique

Comme nous avons pu l'observer précédemment dans le dossier consacré à la saga des séries spéciales Citroën, la marque aux chevrons a toujours figuré parmi les pionnières en matière d'éditions limitées sur le marché européen. Dès le milieu des années 1970, le constructeur a compris que la personnalisation et l'exclusivité permettaient de redonner un second souffle à des modèles bien établis tout en séduisant une clientèle avide de distinction. Après le succès de la 2CV Spot en 1976 et de la Dyane Caban en 1977, Citroën décide d'appliquer cette recette à sa berline de milieu de gamme. Aujourd’hui, portons notre attention sur une version particulièrement singulière qui, vous le verrez, a beaucoup de choses à nous apprendre sur l'audace et l'opportunisme marketing de l'époque : la Citroën GS Basalte.

Une série limitée au succès fulgurant dès avril 1978

C’est précisément le 5 avril 1978 que la Citroën GS Basalte fait son apparition dans le réseau des concessionnaires. Produite à seulement 5 000 exemplaires pour l'ensemble du marché européen, dont 1 800 unités étaient strictement réservées à la France, elle s'affiche alors au tarif de 29 700 Francs. Pour mettre ce chiffre en perspective, cette somme représenterait environ 18 803 euros d'aujourd’hui en tenant compte de l'inflation et de l'évolution du pouvoir d'achat. Bien que vendue 3 300 Francs plus cher que la version Club qui lui servait de base technique, l'engouement fut immédiat. À peine quinze jours plus tard, le 20 avril, la totalité des stocks était déjà épuisée, témoignant d'une réussite commerciale sans précédent pour une voiture de cette catégorie.

Visuellement, la GS Basalte rompait radicalement avec la sobriété habituelle de la gamme GS. Sa carrosserie se drapait d'un noir profond, sobrement baptisé "Noir Basalte", rehaussé par de larges bandes latérales rouges au design très dynamique, évoquant des coulées magmatiques. Elle arborait fièrement un logotype spécifique sur son capot et se dotait d'équipements normalement réservés à la finition haut de gamme Pallas, à l'instar des enjoliveurs de roues en acier inoxydable. L'habitacle n'était pas en reste avec une sellerie en tissu au motif "pied-de-poule" rouge et noir, une moquette bouclette noire d'une épaisseur inhabituelle et un équipement de confort pléthorique pour l'époque, incluant un toit ouvrant, des vitres teintées et un autoradio cassettes aux boutons orangés assortis à l'ambiance intérieure.

L’unique série spéciale sur base GS : une rareté mécanique

Sous le capot, la GS Basalte restait fidèle à la mécanique éprouvée de la GS 1220 Club. On y retrouve le célèbre moteur quatre cylindres à plat (boxer) de 1 220 cm³, refroidi par air, développant une puissance de 65 chevaux. Ce bloc était couplé à une boîte de vitesses manuelle à quatre rapports, offrant la souplesse et la sonorité caractéristique qui ont fait la réputation de la GS. Il est important de souligner que la Basalte occupe une place unique dans l'histoire du modèle : il s'agit de la seule et unique série spéciale réalisée sur la base de la GS originelle. Toutes les éditions limitées suivantes, telles que les versions Chic ou Tuner, seront développées sur la base de la GSA, la version évoluée avec hayon apparue ultérieurement.

Cette particularité en fait aujourd'hui un modèle extrêmement recherché par les passionnés et les collectionneurs du monde entier. Sa rareté est telle qu'il est devenu exceptionnel d'en croiser un exemplaire en bon état de conservation, la plupart ayant succombé aux affres de la corrosion ou à une utilisation intensive durant les années 1980. Mais au-delà de sa fiche technique, cette série unique sur GS cache une genèse bien plus étonnante qu'il n'y paraît, liée à des ambitions internationales contrariées.


L’incroyable genèse : recycler l'échec du projet "Export USA"

L’histoire de la GS Basalte est intimement liée aux ambitions déçues de Citroën outre-Atlantique. En 1972, la prestigieuse Citroën SM avait été élue voiture de l'année aux États-Unis, une première pour un véhicule étranger. Fort de cette aura, le constructeur envisageait sérieusement d'exporter ses modèles de grande diffusion, la CX et la GS, sur le sol américain. En 1977, une exécution spécifique "Export USA" de la GS fut donc élaborée pour répondre aux normes de sécurité et d'équipement drastiques des États-Unis. Ce projet incluait des accessoires totalement inédits en Europe, notamment des essuie-phares avant et des dispositifs d'éclairage spécifiques.

Cependant, le projet fut brutalement stoppé, officiellement pour des raisons d'homologation complexe, mais officieusement en raison de la reprise de Citroën par Peugeot, qui préférait limiter les investissements risqués sur le marché nord-américain. Citroën se retrouva alors avec un stock considérable de pièces et d'accessoires destinés au marché américain sur les bras. Plutôt que de mettre ces composants au rebut, le département marketing eut l'idée de génie de créer une série limitée "flashy" pour écouler ces stocks. C’est ainsi que les fameux essuie-phares, initialement prévus pour les autoroutes californiennes, se retrouvèrent de série sur la Basalte. Ce recyclage stratégique a permis de transformer un échec industriel en un véritable coup de maître commercial, faisant de la Basalte une voiture hybride entre l'élégance française et les exigences techniques américaines.

Un héritage qui perdure dans la gamme contemporaine

En conclusion, la Citroën GS Basalte demeure assurément l’une des séries spéciales les plus marquantes et les plus authentiques de l’histoire de la marque. Si elle ne jouit pas forcément de la même notoriété populaire que les versions Charleston ou Cocorico de la 2CV, elle propose une richesse historique et une exclusivité technique qui la placent au sommet de la hiérarchie des Citroën de collection. Elle incarne cette capacité typiquement Citroën à transformer une contrainte industrielle en un objet de désir.

Aujourd'hui, l'influence de la GS est plus vivace que jamais au sein de la gamme actuelle. Citroën a explicitement revendiqué la filiation esthétique et philosophique entre la GS et la C4 moderne, cherchant à retrouver ce compromis unique entre aérodynamisme et confort hydraulique. Plus frappant encore, le récent lancement du Citroën Basalt reprend directement le nom de cette série spéciale mythique de 1978. Ce choix patronymique montre à quel point l'héritage de la GS Basalte continue d'infuser l'ADN de la marque, prouvant que, quarante-huit ans plus tard, l'esprit de cette berline "volcanique" continue d'inspirer les ingénieurs et les designers des chevrons.


Sources :


À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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