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Pourquoi la nouvelle stratégie de Stellantis va radicalement changer les prochaines Citroën

Future Citroën 2CV

La publication récente du plan stratégique FaSTLAne 2030 par la direction de Stellantis a suscité de profonds débats et fait couler énormément d'encre au sein de l'industrie automobile mondiale. C'est tout particulièrement la hiérarchisation apparente et le classement annoncé des quatorze marques du portefeuille qui ont alimenté les inquiétudes et les spéculations des observateurs. Face à ces interrogations légitimes, Emanuele Cappellano, le directeur opérationnel de Stellantis pour l'Europe élargie, a choisi de prendre la parole afin de dissiper les malentendus. À travers une mise au point essentielle, il vient préciser ce que le consortium entend réellement par les notions de marque mondiale et de marque régionale. Surtout, le dirigeant insiste sur un axe capital de cette feuille de route : la volonté d'établir une différenciation stylistique et conceptuelle nettement plus affirmée entre les différentes entités du groupe, offrant ainsi des perspectives inédites pour Citroën.

Le plan FaSTLAne 2030 et la rupture technologique de la plateforme native

Pour pleinement appréhender la portée de cette réorientation, il s’avère indispensable de revenir aux sources financières et techniques du plan stratégique de transformation FaSTLAne 2030. Ce programme d'envergure prévoit un investissement colossal de près de 60 milliards d'euros d'ici à la fin de la décennie en cours, avec pour ambition de planifier le lancement de plusieurs dizaines de nouveaux modèles à travers le globe. Au centre de cette machine industrielle se trouve l'introduction d'une toute nouvelle architecture transversale baptisée STLA One. Loin d’être une simple mise à jour technique des structures existantes, cette matrice va redéfinir la production de masse. Emanuele Cappellano a tenu à insister lourdement sur le caractère révolutionnaire de ce choix technique, rappelant une réalité économique devenue incontournable à ses yeux : « la seule façon d'être compétitif dans le domaine des véhicules électriques est de disposer d'une plateforme native dédiée aux véhicules électriques ». Cette plateforme STLA One est ainsi appelée à remplacer les anciennes plateformes prévues pour les segments B, C et D, devenant la véritable colonne vertébrale électrifiée du groupe. Initialement, l'annonce selon laquelle 70 % de ces investissements massifs seraient fléchés vers seulement quatre marques mondiales clés (Fiat, Jeep, Peugeot et Ram) avait fait craindre un délaissement des dix autres filiales. Le directeur de Stellantis Europe vient pourtant de démontrer que la réalité logistique s'avère bien plus subtile et avantageuse pour les marques dites régionales.


Des investissements stratégiques inaugurés par les marques mondiales

Les explications détaillées d'Emanuele Cappellano apportent un éclairage technique crucial qui modifie radicalement la perception de la hiérarchie interne de Stellantis. Le dirigeant balaie d'un revers de main l'idée d'un désaveu pour les marques non citées dans le quatuor de tête. Il affirme sans détour : « Nous tenons à éviter tout malentendu lorsque nous évoquons les notions de marque mondiale, de marque régionale et de marque de spécialité. Il ne s'agit pas de classer les marques par ordre de pertinence. L'objectif est d'optimiser l'allocation de nos capitaux. » Dans cette configuration à grande échelle, la notion de priorité financière répond en fait à une stricte logique de calendrier industriel. C'est une gestion optimisée du temps de développement. Le directeur européen précise ainsi que « la principale différence entre une marque mondiale et les marques régionales et spécialisées réside dans le moment où intervient le premier investissement. »

Pour les segments stratégiques B et C, c’est le constructeur au lion qui a été désigné pour essuyer les plâtres technologiques de la nouvelle matrice commune. Le dirigeant explique cette feuille de route de manière extrêmement limpide : « Avec la plateforme STLA One pour les segments B et C, Peugeot devient la marque mondiale. Cela signifie que nous allons investir en premier lieu dans le lancement d'un modèle Peugeot sur cette nouvelle plateforme, cette nouvelle architecture électrique, le système d'exploitation STLA Brain et de nouvelles technologies comme la direction électrique. » L'effort financier initial est donc capté par une marque pilote afin d'industrialiser les technologies lourdes et le software de pointe. C'est précisément cette phase d'amortissement initial qui permet d'introduire la principale nouveauté du plan : une enveloppe financière colossale réservée aux lancements ultérieurs, totalement dédiée à une personnalisation esthétique et conceptuelle radicale.


Une vraie différenciation pour les marques pour conjurer le spectre des clones

Cette approche méthodique vient répondre point par point à la critique la plus récurrente formulée par les observateurs à l'encontre de la galaxie Stellantis. Le groupe a souvent été accusé de concevoir des voitures interchangeables et trop proches, frôlant le simple rebadgeage industriel au détriment de l'âme de ses blasons. Les instances dirigeantes ont manifestement pris la mesure du problème. Emanuele Cappellano garantit qu'une fois les bases de la plateforme STLA One stabilisées par le modèle pionnier, les équipes d'ingénierie se concentreront exclusivement sur la singularité des autres marques. Le directeur opérationnel expose sa vision avec force : « En attendant, nous travaillons sur les lancements suivants sur la même plateforme, où l'essentiel des efforts, en termes de dépenses d'investissement, est consacré à la diversification – une véritable diversification – des modèles et de la gamme, et non pas simplement à un changement d'appellation. »

Pour rassurer les sceptiques, il illustre son propos par un exemple concret et chronologique de déploiement au sein du portefeuille : « Vous aurez donc d'abord la nouvelle Peugeot, puis une nouvelle Opel qui ne sera pas une Peugeot rebadgée, puis une Citroën, une Jeep ou autre. » L'argent injecté dans un second temps dans les projets ne servira pas à réinventer les technologies de batterie ou de direction, mais sera intégralement alloué au caractère visible et palpable de l'auto. L'investissement sur chaque modèle ultérieur sera ainsi consacré en priorité absolue au design, « car nous devons modifier le design, le type de carrosserie, la forme et les attributs de la marque », tout en sublimant « toutes les caractéristiques propres à chaque marque ».

Cette mutation profonde repose sur une prise de conscience marketing fondamentale au sommet du groupe. Stellantis refuse désormais de lisser les identités pour réaliser des économies d'échelle à court terme. Le constructeur a compris que la rentabilité durable passait par le respect des attentes affectives des acheteurs. « Ce que nous avons compris, et c'est ce qui motive fondamentalement cette décision, c'est que nos marques, notamment les marques grand public, sont reconnues pour des caractéristiques de produit très spécifiques », admet volontiers le patron de la région Europe. Avant de conclure sur une promesse forte pour l'avenir de la production : « Nous devons donc renforcer ces caractéristiques à l'avenir en investissant dans ces marques. »

En définitive, la direction de Stellantis semble avoir tiré de précieux enseignements des erreurs du passé en ajustant sa trajectoire industrielle. Les précisions apportées par Emanuele Cappellano démontrent de manière convaincante que la catégorisation entre marques mondiales et régionales n'est pas un désaveu, mais un choix pragmatique de calendrier financier. En sanctuarisant de massifs efforts d'investissement pour la différenciation stylistique et conceptuelle sur la nouvelle architecture STLA One, le groupe offre enfin à chacune de ses quatorze marques l'opportunité d'affirmer son identité propre. Pour les passionnés comme pour les clients, c'est la promesse de voir naître des véhicules dotés d'un véritable marqueur spécifique, conjuguant rigueur technique partagée et singularité esthétique retrouvée.

24 commentaires

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Citronaute
il y a 4 jours

DS auto est réintégré sous la tutelle de Xavier Chardon, DG de Citroen. Pour moi ca sent la disparition progressive de la marque, Stellantis n'a de toute façon plus les moyens de faire vivre une marque qui ne rapporte rien. Sur le papier cela ouvre un boulevard à Citroen pour refaire un jour du haut de gamme, même si le positionnement de la marque est actuellement low cost. Positionnement historiquement aussi faux que le créneau premium de Peugeot, qui relève plus du rêve évéillé qu'autre chose. Si Filosa est pragmatique il saura je pense s'en souvenir. Enfin, wait and see....

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Magnolias
il y a 2 heures
En réponse à

Hier j'ai découvert, en feuilletant la presse , la nouvelle Lancia : c'est uniquement un DS N° 7 à peine modifié ! ! Stellantis à les moyens de maintenir une marque moribonde ! !

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jm.agnel
05 juin
Noté 5 étoiles sur 5.

Cette mise au point est claire, mais elle ne fait que confirmer ce qui était déjà annoncé lors de la présentation du plan stratégique "Fastlane 2030". Cela n'empêchera pas certains de penser "qu'il y a un loup". Je retiens pour ma part un retour au bon sens commun et surtout, l'impérieuse nécessité de différencier ces marques, ayant participé à la riche histoire de l'Automobile. L'aventure continue avec d'autres défis à relever, des erreurs à éviter...mais tellement de moments exaltants à venir!

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Laissons le temps au temps et gardons espoir en des jours meilleurs dans ce monde de brutes financières qui ne gèrent plus des constructeurs et concepteurs d'automobiles, mais des…dividendes !

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Magnolias
04 juin

Mode humour ironique : il faut comprendre Peugeot va essuyer les plâtres ! !

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Magnolias
04 juin

" volonté d'établir une différenciation stylistique et conceptuelle nettement plus affirmée entre les différentes entités du groupe, offrant ainsi des perspectives inédites pour Citroën. " +

"  Le constructeur a compris que la rentabilité durable passait par le respect des attentes affectives des acheteurs. "

" Waoh" voilà qui est agréable à lire . Belle mise au point au sujet des Nouvelles antérieures .


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À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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