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[Les usines Citroën] Rennes la Janais : l'histoire d'un site industriel mythique

Le Citroën C5 Aircross sur les chaînes de l'usine de Rennes la Janais

Le voyage au cœur de l'appareil industriel de la marque aux chevrons se poursuit. Après avoir exploré les origines et les innovations du mythique Quai de Javel au centre de Paris, notre série estivale nous emmène vers l'ouest, direction la Bretagne. C'est ici, sur les terres d'Ille-et-Vilaine, que se dresse un monument de la construction automobile française : l'usine de Rennes la Janais. Depuis son entrée en fonction au tout début des années 1960, ce site stratégique est devenu une composante indissociable de l'identité de la marque. Avec plus de 10 millions de véhicules sortis de ses lignes de montage, Rennes la Janais a donné naissance à des modèles qui ont profondément marqué le paysage automobile mondial et accompagné la vie de millions de conducteurs.

La genèse d'un géant : pourquoi Citroën a choisi la Bretagne

À la fin des années 1950, Citroën fait face à un défi de taille : la saturation de son site historique du Quai de Javel. Coincée au cœur de la capitale, l'usine parisienne ne dispose plus de l'espace nécessaire pour moderniser ses infrastructures et accroître ses cadences de production afin de répondre à l'explosion de la demande durant les Trente Glorieuses. Pour donner vie à ses futurs modèles de grande diffusion, la direction de la marque doit impérativement trouver un nouveau terrain d'expression, vaste et moderne.

Le choix de la Bretagne, et plus particulièrement de la banlieue de Rennes, ne doit rien au hasard. Il s'inscrit pleinement dans la politique de décentralisation industrielle impulsée par l'État français pour redynamiser les régions et réduire l'hyper-centralisation parisienne. La Bretagne, alors essentiellement agricole, offre une main-d'œuvre locale disponible, rigoureuse et prête à se reconvertir dans l'industrie. Les pouvoirs publics et les élus locaux se mobilisent pour faciliter l'acquisition d'un immense terrain de plus de 200 hectares sur la commune de Chartres-de-Bretagne.

Les travaux de terrassement et de construction débutent activement en 1958. Le chantier est titanesque, préfigurant l'une des usines les plus modernes d'Europe, conçue pour intégrer l'ensemble du cycle de fabrication, de l'emboutissage à l'assemblage final. Le 15 octobre 1961, l'importance cruciale de ce complexe pour l'économie nationale est officiellement consacrée : c'est le Général de Gaulle en personne qui inaugure le site de Rennes la Janais, marquant le coup d'envoi d'une grande aventure humaine et technologique.


Une production légendaire : de l'Ami 6 au nouveau C5 Aircross

Depuis l'ouverture des lignes, la Janais a été le berceau de modèles extrêmement variés, alternant entre véhicules populaires de grande diffusion et grandes berlines technologiques haut de gamme. La production s'organise de manière chronologique à travers les décennies :


Les années 1960 : l'ère des pionnières

  • Citroën Ami 6 (1961 - 1969) : Le modèle inaugural de l'usine, reconnaissable à sa célèbre lunette arrière inversée, conçu pour offrir un confort exceptionnel aux familles de la classe moyenne.

  • Citroën Dyane (1967 - 1983) : Destinée à épauler puis moderniser le concept de la 2CV, elle intègre rapidement les chaînes de montage bretonnes.

  • Citroën Ami 8 (1969 - 1978) : Remplaçante de l'Ami 6, elle adoucit les lignes de sa devancière tout en conservant une base technique robuste.


Les années 1970 : la démocratisation de l'hydropneumatique

  • Citroën GS / GSA (1970 - 1986) : Un succès commercial phénoménal pour le site. La GS popularise la suspension hydropneumatique et les moteurs quatre cylindres à plat refroidis par air.


Les années 1980 : le renouveau géométrique

  • Citroën BX (1982 - 1994) : Véritable sauveuse financière de la marque après l'intégration au groupe PSA, la BX se distingue par ses lignes angulaires signées Marcello Gandini pour Bertone et son utilisation massive de matériaux composites.

  • Citroën AX (1986 - 1998) : La citadine ultra-légère et économique est également assemblée en Bretagne pour soutenir les cadences de production.


Les années 1990 : l'excellence technologique

  • Citroën XM (1989 - 2000) : Vaisseau amiral de la marque, la XM introduit la suspension Hydractive, combinant l'électronique de pointe au système hydraulique traditionnel.

  • Citroën Xantia (1993 - 2002) : Berline familiale d'une élégance intemporelle, elle atteint des sommets d'efficacité routière dans sa déclinaison Activa dotée du système de contrôle actif du roulis.

  • Citroën Xsara (1997 - 2006) : Modèle compact et polyvalent, emblématique de la rationalisation des plateformes industrielles.


Les années 2000 : l'audace des volumes et le grand luxe

  • Citroën Xsara Picasso (1999 - 2010) : Le premier monospace compact de la marque, dont le succès fulgurant s'est traduit par des volumes de production exceptionnels à Rennes.

  • Citroën C5 - Première génération (2001 - 2008) : Elle succède à la Xantia et perpétue la tradition des grandes routières confortables.

  • Citroën C6 (2005 - 2012) : Véritable chef-d'œuvre de design et de technologie, cette berline présidentielle incarne le très haut de gamme français, assemblée avec un soin artisanal sur le site.


Les années 2010 à aujourd'hui : la transition vers les SUV et la flexibilité

  • Citroën C5 - Deuxième génération (2008 - 2017) : Proposée en berline et en break Tourer, elle offre pour la première fois le choix entre la suspension métallique classique et la suspension Hydractive III+.

  • Citroën C5 Aircross (Depuis 2018) : Le virage stratégique vers les SUV compacts. Ce modèle introduit les suspensions à Butées Hydrauliques Progressives et porte haut les couleurs du programme Citroën Advanced Comfort.

  • Le Nouveau C5 Aircross (2025/2026) : La toute dernière génération, développée sur les architectures multi-énergies modernes du groupe Stellantis, assurant la continuité de l'activité du site.


Le poumon économique de l'Ouest : l'impact social et humain

L'implantation de la Janais a profondément transformé la structure démographique et économique de la région rennaise. Au plus fort de son activité, vers la fin des années 1970 et au début des années 1980, le site industriel s'impose comme le premier employeur privé de Bretagne, comptant jusqu'à 14 000 salariés directs. Le phénomène des "paysans-ouvriers", ces travailleurs qui partageaient leur temps entre les travaux de la terre et les équipes de production de l'usine, a durablement marqué l'histoire sociale locale.

Au fil des décennies, l'évolution des processus industriels, l'automatisation croissante des lignes de montage, les gains de productivité et les restructurations successives ont conduit à une réduction progressive des effectifs. Aujourd'hui, l'usine de Rennes la Janais emploie environ 2 000 salariés. Bien que ce chiffre soit inférieur aux niveaux historiques, le site conserve un rôle central dans l'économie régionale grâce à un réseau dense de sous-traitants et de partenaires logistiques locaux.


Vers l'avenir : résilience, modernité et ambitions internationales

Rennes la Janais occupe désormais une place unique au sein du dispositif industriel national : elle est la dernière usine 100% Citroën encore en activité en France, suite aux fermetures successives des sites historiques du Quai de Javel et d'Aulnay-sous-Bois. Cette situation lui confère une valeur symbolique et patrimoniale considérable, faisant de la Bretagne le dernier bastion de l'assemblage des grands véhicules de la marque sur leur territoire d'origine.

Pour pérenniser cet héritage, le groupe Stellantis a engagé d'importants investissements de modernisation. L'attribution de la production du nouveau C5 Aircross confère à l'usine une visibilité industrielle cruciale. Reposant sur la nouvelle plateforme STLA Medium, le site est désormais parfaitement armé pour assembler des véhicules électriques, hybrides et thermiques sur une même ligne, répondant ainsi avec flexibilité aux fluctuations du marché européen.

Les perspectives d'avenir s'ouvrent également vers l'international. Dans le cadre de la stratégie globale FaSTLAne de Stellantis, le site industriel de Rennes pourrait être amené à optimiser ses capacités de production inutilisées en fabriquant des véhicules pour le compte de partenaires stratégiques mondiaux, à l'image du constructeur Dongfeng. Une telle diversification permettrait de consolider durablement la rentabilité de l'usine tout en maintenant les compétences techniques sur le sol français.


De l’iconique Ami 6 des débuts au nouveau C5 Aircross d'aujourd'hui, en passant par les mémorables BX, Xantia et la somptueuse C6, l’usine de Rennes la Janais aura façonné une part considérable de l’histoire et du patrimoine de Citroën. Avec une production globale qui dépasse les 10 millions d'unités, ce site industriel a démontré sa capacité d'adaptation face aux mutations techniques et économiques de l'automobile mondiale. Si l’usine affiche désormais une taille plus humaine et compacte qu’à l’apogée des années 1970, elle demeure un pilier industriel stratégique en France et le dernier garant d'une production nationale pour les grands modèles de la marque aux chevrons.

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À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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