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[Les séries spéciales Citroën] CX Concorde : l'histoire secrète de la série ultra-limitée d’Air France

Citroën CX Concorde

La chronique des séries spéciales qui ont jalonné l'histoire de la marque aux chevrons s'enrichit aujourd'hui d'un chapitre d'une rareté extraordinaire, touchant aux confins de l'artisanat d'art et du prestige institutionnel. Alors que la plupart des éditions limitées visent à soutenir une fin de carrière ou à séduire un public jeune par des attributs graphiques spécifiques, la trajectoire de la Citroën CX Concorde s'inscrit dans une démarche radicalement différente, guidée par l'excellence technologique et le rayonnement industriel français. Conçue pour incarner le pendant terrestre du plus célèbre des avions de ligne supersoniques, cette déclinaison confidentielle demeure, par sa genèse et sa diffusion infinitésimale, l'une des déclinaisons les plus exclusives et les plus convoitées par les cercles de connaisseurs de la marque.

Le contexte d’une alliance au sommet de la technologie française

L'acte de naissance de cette pièce de collection remonte à l'année 1986, une période charnière où l'industrie française célèbre les dix ans d'exploitation commerciale du Concorde. Afin de commémorer dignement cet anniversaire et de renforcer le prestige des délégations officielles, la compagnie nationale Air France exprime le souhait de se doter d'une flotte de véhicules de prestige capables de refléter l'audace technique et le confort souverain de son oiseau de lignes. Le cahier des charges initial prévoit la commande d'une série très restreinte de douze exemplaires, spécifiquement configurés pour assurer le transport des équipages de conduite, des hautes personnalités et pour figurer en bonne place lors des cérémonies protocolaires organisées sur les tarmacs des grands aéroports parisiens.

Pour répondre à cette demande institutionnelle d'envergure, Citroën ne retient pas la traditionnelle carrosserie allongée de la version Prestige, mais choisit d'adapter son modèle le plus performant et le plus technologique du moment : la CX 25 GTi Turbo 2. Présentée à l'époque comme le sommet de la gamme, cette berline bénéficie d'un moteur à quatre cylindres de 2,5 litres doté d'un turbocompresseur et d'un échangeur air-air, développant une puissance remarquable de 168 chevaux. Capable de franchir la barre des 220 km/h en vitesse de pointe, la CX GTi Turbo 2 affiche une silhouette aérodynamique remarquable au coefficient de pénétration dans l'air particulièrement optimisé. Le parallèle avec le supersonique franco-britannique s'impose naturellement, associant la suspension hydropneumatique à une mécanique de pointe pour offrir ce qui s'apparente alors au Concorde de la route.


Une configuration exclusive inspirée de l'univers aéronautique

La transformation de ces douze berlines en véritables pièces de haute couture automobile a nécessité un soin du détail poussé à un niveau rarement atteint par un constructeur généraliste. L'élément le plus spectaculaire et le plus méconnu de cette série spéciale réside sans conteste dans le traitement de son habitacle. Les ingénieurs et selliers de la marque ont en effet obtenu l'autorisation d'habiller l'intérieur de la berline avec le tissu rouge officiel, rigoureusement identique à celui qui tapissait les cabines de passagers de l'avion Concorde. Les garnitures de portes, les assises et les dossiers adoptent cette texture haut de gamme, tandis que les ceintures de sécurité se parent de la même teinte écarlate pour parfaire l'immersion des occupants. En matière de dotation, cette déclinaison surclasse les standards de l'époque en intégrant de série le système de freinage antiblocage ABS, une climatisation régulée, des moquettes épaisses ainsi qu'un coffre intégralement moquetté et soigné dans ses moindres finitions.

À l'extérieur, la distinction visuelle doit être immédiate mais subtile, dictée par les codes esthétiques de la compagnie aérienne. La carrosserie de la CX Concorde abandonne les teintes sombres traditionnelles du haut de gamme pour revêtir une robe blanc nacré spécifique, directement calquée sur la livrée réfléchissante conçue pour protéger la cellule du supersonique lors des phases de vol à Mach 2. L'application d'une telle peinture nacrée représente en 1986 une véritable prouesse industrielle, un procédé complexe encore extrêmement rare sur les lignes de montage des constructeurs français. Complétée par de discrets liserés et des marquages distinctifs, la voiture se présente comme un chef-d'œuvre de raffinement, matérialisant visuellement le lien de parenté entre le bitume et la haute altitude. Pourtant, cette livrée si particulière allait s'avérer être le point de départ d'une suite de complications imprévues.

Les coulisses techniques d'une livraison manquée

Le passage de la théorie à la pratique industrielle va rapidement confronter les ateliers de production à des difficultés techniques majeures liées à la nature même de la peinture blanche nacrée exigée par le cahier des charges d'Air France. Les méthodes d'application de l'époque, qui requièrent plusieurs couches successives et des temps de séchage extrêmement précis, ne permettent pas d'obtenir un tendu et une homogénéité des nuances conformes aux exigences de qualité de la marque sur une base de grande production. Les défauts de pigmentation récurrents et les retards accumulés sur les chaînes de montage perturbent considérablement le calendrier de livraison initialement convenu avec la compagnie aérienne.

Face à ces contretemps répétés qui compromettent la synchronisation avec les festivités officielles du dixième anniversaire de l'appareil, Air France prend la décision d'annuler purement et simplement sa commande institutionnelle. Au moment où le projet est stoppé, seuls six exemplaires ont effectivement quitté les lignes de fabrication sur les douze initialement programmés. Le destin de ces six survivantes va alors diverger de manière singulière. Trois voitures sont conservées en interne par le constructeur pour servir de véhicules de liaison et de direction, avant d'être réglementairement promises à la destruction à la fin de leur cycle d'utilisation. Les trois autres unités, quant à elles, parviennent à être commercialisées par le biais de concessionnaires triés sur le volet auprès de clients privés particulièrement fidèles. Cette diffusion infinitésimale fait aujourd'hui de la CX Concorde une rareté absolue, bien plus exclusive que les versions Leader ou les déclinaisons sportives BX 4TC, s'affirmant comme le Graal ultime pour tout collectionneur de la marque.


L'histoire de la Citroën CX Concorde rappelle avec force combien les destins des grandes icônes industrielles françaises du vingtième siècle étaient intimement liés par une quête commune de vitesse, de confort et d'innovation. Si la collaboration officielle entre Citroën et la compagnie aérienne nationale s'est heurtée à des contraintes techniques complexes d'application de peinture nacrée, l'échec de l'opération a paradoxalement forgé la légende de cette voiture. Des douze unités initialement envisagées par l'état-major d'Air France, seuls trois exemplaires authentiques circulent encore aujourd'hui entre les mains de collectionneurs avertis. Cette survie confidentielle élève définitivement la CX Concorde au rang de la série spéciale la plus exclusive de toute l'histoire de la marque en dehors des prototypes de salon, un témoignage précieux d'une époque où l'automobile ambitionnait de tutoyer les sommets du ciel.

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À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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