top of page

[Les séries spéciales Citroën] Citroën Méhari Azur : l'histoire de la série spéciale devenue mythique

  • Photo du rédacteur: Jérémy
    Jérémy
  • il y a 9 minutes
  • 6 min de lecture
Citroën Méhari Azur

La Citroën Méhari incarne à elle seule une certaine idée de la liberté automobile, associant une conception rustique en plastique ABS à une polyvalence inégalée depuis son lancement mémorable au printemps de l'année 1968. Cependant, après quinze années d'une carrière particulièrement bien remplie sur tous les terrains, la petite baroudeuse aux chevrons commence à manifester de sérieux signes de fatigue au tout début des années 1980. Face à ce ralentissement commercial prononcé, la direction de la firme automobile française décide d'exploiter une formule marketing qu'elle maîtrise désormais sur le bout des doigts : le lancement d'une série spéciale. Fort du succès retentissant des opérations précédentes menées sur d'autres modèles populaires de la gamme, le constructeur décide de concevoir une Méhari résolument différente, spécifiquement habillée pour séduire une nouvelle clientèle. Cette déclinaison inédite va immédiatement rencontrer un immense succès populaire, transformant les derniers instants de ce modèle historique en un véritable triomphe esthétique.

Un déclin commercial marqué par le poids des années : le contexte automobile de 1983

Pour bien appréhender la genèse de cette icône estivale, il s'avère indispensable de se replonger dans le contexte économique et industriel de la marque au double chevron au tournant des années 1980. Lancée dans le sillage direct des événements de mai 1968, la Citroën Méhari avait su s'imposer comme l'outil idéal des agriculteurs, des gendarmes, mais aussi des vacanciers grâce à sa carrosserie légère et sa mécanique d'une simplicité biblique. Toutefois, le marché automobile de l'année 1983 n'a plus grand-chose à voir avec celui de la décennie précédente, et le poids des ans commence à peser lourdement sur la silhouette anguleuse de la petite voiture de plage.

Les chiffres de production de cette période traduisent d'ailleurs de manière implacable ce désamour grandissant du grand public pour un concept qui semble alors en bout de course. Au cours de l'année 1980, les lignes d'assemblage parvenaient encore à délivrer un volume tout à fait honorable de 8 351 exemplaires. Ce chiffre va malheureusement connaître une chute brutale dès l'année suivante, puisque la production dégringole à seulement 4 833 unités en 1981, avant de glisser à nouveau pour atteindre le seuil critique de 4 137 véhicules au terme de l'année 1982. L'effondrement se poursuit de façon alarmante durant l'année 1983, une période durant laquelle l'usine ne comptabilise plus que 3 349 exemplaires sortis des ateliers.

Face à cette érosion continue des volumes de vente, la direction commerciale de Citroën se doit de réagir rapidement pour offrir un baroud d'honneur digne de ce nom à sa célèbre aventurière en plastique. C'est dans ce cadre stratégique bien précis que la marque décide d'élaborer deux séries spéciales distinctes afin de revitaliser l'image profondément ludique de l'auto. Alors que la Méhari Plage est développée pour soutenir prioritairement les concessions situées en Espagne et au Portugal, la France et d'autres marchés européens s'apprêtent à accueillir une proposition beaucoup plus ambitieuse nommée série limitée Azur. Pour optimiser les coûts industriels en cette fin de cycle, la production globale du modèle est alors transférée vers l'usine portugaise de Mangualde au Portugal, un site historique qui aura la lourde tâche d'assurer la fabrication méticuleuse de ces ultimes déclinaisons destinées à relancer la dynamique commerciale du modèle.

Blanc et bleu azur : une métamorphose esthétique inspirée des plus belles stations balnéaires

La Citroën Méhari Azur se distingue instantanément du reste de la production automobile de son époque grâce à une présentation extérieure et intérieure d'une fraîcheur absolue, rompant radicalement avec les teintes utilitaires ou militaires qui saturaient jusqu'alors l'histoire du modèle. Conçue comme un véritable hommage à l'art de vivre de la Riviera, la carrosserie en plastique ABS se pare d'une combinaison bicolore exclusive. La caisse principale adopte un blanc immaculé qui contraste élégamment avec un bleu profond appliqué stratégiquement sur les portières latérales, la calandre avant redessinée, les montants centraux de la structure ainsi que sur les enjoliveurs de phares. Pour parfaire cette identité visuelle unique, des bandes décoratives d'un bleu assorti viennent habiller subtilement le capot moteur. Cet ensemble chromatique n'a pas été choisi au hasard, puisqu'il évoque irrésistiblement l'univers du nautisme, les voiliers de plaisance et les pontons ensoleillés des stations balnéaires françaises les plus prestigieuses à l'instar de Saint-Tropez, Deauville ou La Baule.

L'effort de modernisation ne s'arrête pas à la simple application de peinture, car l'Azur bénéficie également d'une capote bleue totalement inédite. Inspirée directement du système astucieux qui équipe la célèbre 2CV Club, cette bâche offre une modularité grandement améliorée grâce à une fonction d'ouverture partielle située juste au-dessus des places avant, transformant l'habitacle en un cabriolet convivial en un tour de main. C'est cependant à bord du véhicule que se cache l'élément le plus spectaculaire et le plus mémorable de cette série spéciale : une sellerie qui va instantanément entrer dans la légende de la marque. Les sièges avant et la banquette arrière sont intégralement recouverts d'un tissu éponge rayé de bandes blanches et bleues, un choix de matériau insolite qui rappelle immédiatement les transats de bord de mer, les serviettes de plage et les cabines de bain d'autrefois. Visuellement rafraîchissante, cette sellerie unique renforce de manière spectaculaire le confort thermique des passagers installés en plein soleil.

Pour compléter cette dotation exclusive, l'auto reçoit des jantes blanches ajourées empruntées à des modèles plus récents de la galaxie Citroën, modernisant ainsi la silhouette générale. Sur le plan purement technique, cette version conserve l'architecture mécanique éprouvée de la gamme classique, à savoir le vaillant moteur bicylindre à plat de 602 cm³ développant la puissance de 29 ch DIN. Associé à une boîte de vitesses manuelle à quatre rapports transmettant la puissance aux roues avant, ce bloc doit déplacer une masse plume d'environ 555 kg contenue dans un gabarit compact de 3,52 mètres de longueur. Si les performances pures n'évoluent pas d'un iota, tout le travail des designers s'est concentré sur la création d'une ambiance estivale inégalée.


Du tirage limité au succès de grande série

Lors de sa révélation officielle sur le marché de l'automobile au printemps de l'année 1983, la Citroën Méhari Azur est initialement présentée comme une édition strictement limitée à seulement 700 exemplaires, une diffusion confidentielle qui se destine alors exclusivement à trois pays européens ciblés : la France, l'Italie et le Portugal. Toutefois, l'accueil réservé par le public et le réseau de concessionnaires dépasse immédiatement les prévisions les plus optimistes des responsables du marketing de la firme de Javel. Face à un afflux massif de commandes et à un enthousiasme qui ne faiblit pas au fil des mois, la marque prend la décision historique d'intégrer définitivement l'Azur au sein de son catalogue régulier, transformant ainsi ce qui ne devait être qu'un coup d'éclat éphémère en une véritable finition permanente de grande série. Cette trajectoire commerciale atypique confère à l'Azur un statut à part dans l'histoire de la marque, combinant le charme d'une édition spéciale à la pérennité d'un modèle de gamme.

Aujourd'hui, cette version figure incontestablement parmi les déclinaisons les plus recherchées et les plus encensées par les collectionneurs du monde entier, tant elle synthétise à la perfection l'image populaire et hédoniste de la Méhari. Cette immense popularité actuelle engendre cependant un revers de la médaille sur le marché des véhicules d'époque. En raison de la disponibilité de nombreux kits de restauration complets permettant de modifier facilement une version standard, le marché regorge malheureusement de fausses déclinaisons Azur réalisées a posteriori. Pour les acheteurs exigeants, l'authentification d'un exemplaire d'origine certifié d'époque constitue désormais un enjeu crucial, nécessitant un examen minutieux des numéros de châssis, de la conformité des teintes de la structure en plastique et de la présence des détails spécifiques indispensables à sa traçabilité historique.


En passant avec brio du statut de simple série limitée à celui de finition à part entière au sein du catalogue officiel, la Citroën Méhari Azur s'est imposée comme la variante la plus célèbre et la plus emblématique de toute la longue carrière de cette singulière voiture de plage. Quelques ajustements stylistiques judicieux et l'introduction d'une harmonie de couleurs évocatrice ont suffi à relancer de manière inespérée la carrière commerciale de ce modèle en plastique ABS, lui permettant de poursuivre sa route avec élégance jusqu'à l'arrêt définitif de sa fabrication industrielle en 1986. Au total, cette extraordinaire épopée automobile se sera soldée par la production globale de plus de 144 000 unités à travers le monde, laissant derrière elle le souvenir impérissable d'une version Azur qui demeure, aujourd'hui encore, le symbole absolu des vacances, de l'insouciance et d'une certaine liberté à la française.

À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
👉 En savoir plus sur moi

bottom of page