[Les hommes qui ont fait Citroën] De la SM à la CX : l'histoire de Robert Opron
- Jérémy

- il y a 2 heures
- 6 min de lecture

Robert Opron : le maître de l'aérodynamique qui a sublimé l'identité Citroën
Bienvenue dans ce nouvel article de notre série exclusive consacrée aux Hommes qui ont fait Citroën. Nous nous penchons aujourd’hui sur le destin d’un créateur confronté à un défi que la majorité des observateurs de l'époque jugeaient tout simplement insurmontable : succéder au génie de Flaminio Bertoni. Lorsque le sculpteur italien disparaît brutalement au début des années soixante, la marque aux chevrons perd son guide esthétique historique, l'homme derrière la Traction Avant, la 2CV et la DS. C’est à Robert Opron que revient la lourde responsabilité de reprendre la direction du bureau de style du quai de Javel. Loin de s'effondrer sous le poids de cet héritage colossal, ce jeune styliste talentueux s’en est sorti brillamment, insufflant une modernité technique et géométrique qui allait définir ce que les passionnés considèrent comme le second âge d'or de la marque.
De la naissance à Citroën : les années de formation d'un esprit libre
L'histoire de Robert Maurice Jean Opron débute le 22 février 1932 à Amiens, sous des auspices qui allaient profondément influencer sa vision de l'espace et des formes. Fils de militaire, il passe une part importante de son enfance et de son adolescence à voyager en Afrique du Nord et en Afrique de l'Ouest, résidant successivement en Algérie, au Mali et en Côte d'Ivoire. Cette confrontation précoce avec de grands espaces et des cultures variées nourrit une sensibilité artistique singulière. De retour en France, il s'oriente naturellement vers des études artistiques et techniques, intégrant d'abord l'École des Beaux-Arts d'Amiens avant de poursuivre son cursus au sein de la prestigieuse École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, où il étudie l'architecture.
Avant de faire ses premiers pas dans l'univers de l'automobile, Robert Opron se tourne vers une industrie alors en pleine effervescence technologique : l'aéronautique. Il est engagé chez la société nationale de constructions aéronautiques Nord-Aviation, où il travaille spécifiquement sur l'ergonomie et l'aménagement des postes de pilotage des avions de ligne et de transport légers. Cette expérience s'avère déterminante pour la suite de sa carrière, installant chez lui une véritable obsession pour l'aérodynamique, la traînée de l'air et la fonctionnalité des commandes de bord.
En 1958, il bascule définitivement dans le secteur automobile en rejoignant le constructeur Simca. Au sein de cette entreprise, il fait rapidement la démonstration de son talent en participant à la création de la Simca Présidence cabriolet, un véhicule d'apparat notamment utilisé par le président Charles de Gaulle. Il signe également le spectaculaire concept-car Simca Fulgur en 1959, une étude de style radicale censée préfigurer l'automobile des années 1980 avec ses formes de soucoupe volante et sa propulsion atomique théorique. Malheureusement, suite à une profonde restructuration interne de Simca sous l'égide de Chrysler, Robert Opron est licencié. Après une brève transition professionnelle dans le secteur du design de l'électroménager, il repère une annonce anonyme et intrigante publiée dans le quotidien Le Monde en 1962, une offre d'emploi qui allait sceller son destin.
Une arrivée chez Citroën remarquable : le choc des tempéraments
En postulant à cette offre, le jeune designer ignore encore qu'il s'apprête à pousser les portes de la direction de Citroën, alors en quête d'un profil expérimenté pour seconder Flaminio Bertoni. Convoqué dans les bureaux historiques du quai de Javel en 1962, sa première rencontre avec le maître italien donne naissance à une anecdote mythique de l'histoire automobile. Alors qu'Opron présente son dossier de réalisations, Flaminio Bertoni examine les dessins d’un œil sombre, jette brusquement le portfolio sur le sol avant de le repousser dédaigneusement de l’extrémité de sa canne, affirmant qu'il ne trouve aucun intérêt à son travail. Piqué au vif et refusant de tolérer un tel traitement, Robert Opron ramasse ses affaires et quitte la pièce en exprimant fermement son mécontentement. Contre toute attente, ce caractère affirmé et cette fierté professionnelle séduisent le tempérament volcanique de Bertoni. Quelques semaines plus tard, le jeune designer reçoit à son domicile une lettre d'embauche officielle.
La collaboration entre les deux hommes sera malheureusement de courte durée. En 1964, Flaminio Bertoni succombe subitement à un accident vasculaire cérébral. À seulement 32 ans, Robert Opron se retrouve propulsé au poste de directeur du style Citroën. La pression est colossale, car le monde de l'automobile attend de voir comment ce trentenaire va pouvoir succéder au créateur des modèles les plus révolutionnaires du siècle. Plutôt que de tenter une imitation stérile du style organique de Bertoni, Opron choisit de formaliser son propre langage plastique. Il substitue aux courbes presque animales de son prédécesseur des lignes tendues, des surfaces vitrées imposantes, des carénages aérodynamiques optimisés et des arrières tronqués, établissant une esthétique rigoureuse fondée sur la fluidité et l'efficacité face au vent.
Les Citroën de Robert Opron : une décennie d'audace et de chefs-d'œuvre
Le premier grand défi opérationnel de Robert Opron consiste à moderniser l'icône de la marque sans en altérer la substance. En 1967, il signe le restylage de la Citroën DS, une mise à jour magistrale qui offre à la berline sa face avant définitive. Ce nouveau visage intègre quatre phares carénés sous une bulle de verre, dont les optiques intérieures pivotent en fonction de l'orientation des roues pour éclairer les virages. Cette innovation technique et esthétique améliore sensiblement le coefficient de pénétration dans l'air du véhicule tout en lui conférant un regard futuriste inoubliable. Parallèlement, il retravaille les lignes complexes de l'Ami 6 pour donner naissance à la Citroën Ami 8, lissant le profil et abandonnant la lunette arrière inversée pour élargir la clientèle de ce modèle populaire.
L'année 1970 marque le début d'une phase de créativité exceptionnelle. Opron supervise le lancement de la Citroën GS, une berline moyenne gamme destinée à combler le vide historique entre la 2CV et la DS. Avec sa silhouette bicorps, sa suspension hydropneumatique et son moteur à quatre cylindres à plat refroidi par air, la GS démocratise la haute technologie. Saluée pour son confort royal et sa ligne novatrice, elle remporte le titre de Voiture européenne de l'année 1971 et s'écoule à plus de 2,4 millions d'exemplaires. Quelques mois plus tard, le bureau de style dévoile la Citroën SM, le grand coupé de prestige né de l'association avec Maserati. La SM incarne la quintessence du style Opron : un long capot effilé, une verrière frontale abritant la plaque d'immatriculation et six projecteurs directionnels, des roues arrière partiellement carénées et un habitacle aux accents de cockpit aéronautique.
Le couronnement de sa carrière au sein de la firme de Javel intervient en 1974 avec la présentation de la Citroën CX, que le designer qualifiera toute sa vie de réalisation préférée. Conçue pour succéder à la DS, la CX synthétise toutes ses recherches sur l'écoulement des fluides avec son pare-brise immense et très incliné, sa lunette arrière concave et son profil de squale. Elle décroche à son tour le trophée de Voiture européenne de l'année en 1975. Durant cette décennie prolifique, Opron supervise également une multitude d'autres projets marquants, à l'instar du camion de moyenne carrosserie surnommé Belphégor, du prototype à moteur rotatif Citroën M35, de la singulière GS Birotor, ou encore du projet de citadine compacte G-Mini. Il pose enfin les bases esthétiques de la future Citroën Axel avant que les bouleversements financiers ne viennent interrompre son élan.
Sa vie après Citroën : l'exil d'un maître du design automobile
L'année 1974 correspond également à un tournant douloureux pour l'entreprise. En situation de faillite virtuelle suite au choc pétrolier et au coût de développement de plusieurs modèles, Citroën est rachetée par la famille Peugeot, conduisant à la création du groupe PSA. Redoutant une rationalisation excessive et une dilution inévitable de l'identité avant-gardiste de la marque aux chevrons au profit d'un classicisme plus conservateur, Robert Opron choisit de présenter sa démission en 1975. Pour la communauté des historiens de l'automobile, ce départ marque la fin symbolique d'une époque de liberté créative absolue à Javel.
Le designer ne reste pas inactif et rejoint immédiatement le grand concurrent national, Renault, en tant que directeur du style. Durant son passage à la Régie, il démontre sa capacité à adapter sa philosophie à d'autres architectures industrielles, supervisant les projets de la Renault Fuego, de la grande routière Renault 25, ainsi que des modèles compacts Renault 9 et Renault 11. En 1985, il s'expatrie en Italie pour intégrer le groupe Fiat et collaborer avec la marque Alfa Romeo, apportant sa contribution aux premières études de style du coupé radical Alfa Romeo SZ.
À partir de 1992, il choisit d'exercer son activité sous le statut de consultant indépendant, mettant ses compétences au service de divers constructeurs, notamment la marque de voiturettes Ligier, pour laquelle il conçoit plusieurs modèles de quadricycles légers avant de prendre officiellement sa retraite en 2001. Honoré au rang de Chevalier de la Légion d'honneur, il reçoit la consécration de ses pairs en 2016 en se voyant attribuer le prestigieux Lifetime Achievement Award par le média de référence Car Design News. Robert Opron s'éteint le 29 mars 2021 à Antony, à l'âge de 89 ans, laissant derrière lui un héritage esthétique indélébile.
Conclusion : l'empreinte éternelle d'une légende du design
En plus d'un siècle d’existence, la marque aux chevrons n’a connu qu’un nombre extrêmement restreint de directeurs du design, une stabilité remarquable qui explique la cohérence de son patrimoine visuel. Malgré la rareté de ces nominations au fil des décennies, plusieurs de ces hommes sont passés à la postérité pour acquérir le statut de légendes absolues de l'industrie, à commencer par le pionnier Flaminio Bertoni. Robert Opron s’inscrit de plein droit au cœur de cette lignée d'artistes d’exception. En préservant l'ADN d’innovation, de non-conformisme et d’audace technique de Citroën face aux mutations industrielles des années soixante-dix, il a donné naissance à des modèles d'une fluidité intemporelle. Ces créations, aujourd'hui recherchées par les collectionneurs du monde entier, continuent de témoigner de l'époque où l'automobile française osait bousculer les conventions pour redéfinir les lois de l'élégance.






C’est très souvent avec un recul que l’on s’aperçoit que les déveines du moment étaient des bénédictions !
La mort de Flaminio Bertoni le licenciement de Robert Opron de chez Simca tout ca fut pour Citroën une bénédiction !
La CX et la SM ne sont pas des voitures ce sont des œuvres d’art
Les tableaux de bord des GS et Sm en forme de vague sont a mille lieux de ce qu’on voyait a l’époque et alors l’intérieur de la CX est inqualifiable tant il est fantastique et extraordinaire !
A part la fuego je trouve les autres réalisations de Opron pas extraordinaire la R25 R9 et R11 ne sont que des boites d’allumettes comparé à la GS CX…