[Les Citroën de compétition] Citroën 2CV Cross : comment elle a conquis la terre
- Jérémy
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La marque aux chevrons cultive depuis ses origines une longue tradition avec le sport automobile. Bien avant de s'imposer sur la scène internationale à coups de titres mondiaux en rallye ou en rallye-raid, Citroën s'est illustré sur le sol national et européen à travers des épreuves d'endurance et d'agilité. Cette tradition de la performance accessible a donné naissance à des initiatives audacieuses, transformant parfois des modèles du quotidien en bêtes de course. Dans cette nouvelle série d'articles consacrée aux Citroën de compétition, nous braquons aujourd'hui les projecteurs sur une monture pour le moins inattendue. Conçue à l'origine pour motoriser les campagnes françaises et transporter un panier d'œufs à travers les champs sans les briser, elle s'est révélée être une compétitrice redoutable : l'incroyable Citroën 2CV.
L'héritage des raids : le contexte de la création de la 2CV Cross
L'avènement de cette compétition atypique trouve sa source directe dans l'esprit d'aventure et de liberté insufflé par la marque lors des grandes croisières historiques. Au début des années 1970, sous la direction des relations publiques de Jacques Wolgensinger et l'ingéniosité d'Alain Beauvais, Citroën cherche à capitaliser sur l'immense engouement populaire des grands raids. Les succès retentissants du Paris-Kaboul en 1970 puis du Paris-Persépolis en 1971 démontrent la robustesse mécanique exceptionnelle de la petite bicylindre face aux traitements les plus impitoyables. Pour prolonger cette dynamique publicitaire, l'idée germe de reproduire l'ambiance des pistes désertiques sur un circuit fermé en France. C'est ainsi que les 22 et 23 juillet 1972, une ancienne carrière située au Pêchereau, près d'Argenton-sur-Creuse, accueille la première épreuve de l'histoire baptisée « Pop'Cross ». Soixante-quatorze véhicules s'alignent alors sur la grille de départ, mêlant majoritairement des Citroën 2CV à quelques Dyane et Méhari rudimentairement préparées. Cette course inaugurale, remportée de haute lutte par le jeune Jean-Claude Mouret alors âgé de seulement 23 ans, déclenche un succès populaire immédiat qui dépasse toutes les prévisions de Citroën.
Une reconnaissance officielle : la 2CV Cross est née
Devant l'enthousiasme spectaculaire généré par ces premières confrontations sur la terre du Berry, la direction de Citroën comprend qu'elle détient une opportunité unique de démocratiser durablement le sport automobile. Sous l'impulsion déterminée de Marlène Cotton, alors responsable du service compétition de la marque, une structuration rigoureuse devient indispensable pour pérenniser la discipline. En 1974, cette ambition se concrétise par la création d'un véritable championnat national. Grâce à des règlements techniques stricts favorisant l'équité, la discipline obtient rapidement sa reconnaissance officielle par la Fédération Française du Sport Automobile. Elle adopte alors son appellation définitive de « Coupe de France de 2CV Cross ». Cette formule monotype devient immédiatement le vivier le plus accessible du sport automobile hexagonal, offrant à des centaines d'amateurs passionnés la possibilité de courir pour un coût minimal, une philosophie profondément ancrée dans l'ADN populaire de la marque aux chevrons.
Une technicité surprenante : une 2CV idéale pour le Cross
Si la silhouette de la deuche la destinait naturellement aux travaux ruraux, ses caractéristiques techniques intrinsèques en faisaient une base étonnamment idéale pour le cross de vitesse. Le premier atout majeur réside dans sa légèreté exceptionnelle. Affichant environ 600 kg sur la balance selon les versions de série, la voiture compense sa modeste puissance par une agilité remarquable sur les surfaces meubles. Le second pilier est sans conteste sa suspension unique à grands débattements et bras oscillants interconnectés. Conçue pour digérer les pires irrégularités agricoles, cette architecture permet à la voiture d'absorber les bosses prononcées et les sauts spectaculaires tout en maintenant une excellente motricité sur la terre. Enfin, son moteur bicylindre refroidi par air brille par sa simplicité mécanique et sa robustesse légendaire. Pour endurer les contraintes des courses en peloton, les voitures subissent des modifications réglementaires précises : installation d'un arceau de sécurité multipoints, d'un siège baquet avec harnais, renforcement du châssis, suspensions adaptées à la compétition, boîte de vitesses courte et optimisation du bloc moteur de 602 cm³ pour délivrer le moindre cheval disponible.
Intensité sur la terre : une discipline impressionnante
Sur la piste, le spectacle offert par la discipline s'avère particulièrement impressionnant et dynamique. Les phases finales de la Coupe de France peuvent rassembler jusqu'à 25 concurrents simultanément sur la grille de départ. Les lancements, donnés dans le vrombissement caractéristique des flat-twins, offrent des images d'une rare intensité où les pelotons serrés s'élancent de front dans des nuages de poussière et de projections de terre. Les courses se disputent au millimètre, privilégiant les glissades généreuses, les contacts portière contre portière et les acrobaties spectaculaires sur deux roues. Cette redoutable école de pilotage a révélé des champions exceptionnels. C'est le cas de Jean-Luc Pailler, sacré en 1983 et 1984, qui deviendra ensuite la référence incontournable du rallycross français au volant des BX et Xantia de compétition. D'autres figures ont marqué l'histoire de la discipline, comme Bernard Taillandier, triple champion de France (1985, 1988, 1993), ou encore Laurent Silvestre et Laurent Hèmeray, qui détiennent chacun quatre titres nationaux. Le phénomène dépasse rapidement les frontières françaises pour conquérir la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et l'Italie sous le nom de « 2CV-Dyane Cross ». En 1977, le Trophée International réunit plus de 800 concurrents, démontrant la popularité mondiale de la discipline.
Cette compétition originale a permis à Citroën de poursuivre ses engagements nationaux et européens avec ferveur avant de fonder officiellement Citroën Racing pour s'engager au plus haut niveau international. La 2CV Cross apparaît comme une véritable voiture de compétition où, au-delà de la vitesse pure, c'est le plaisir, la liberté et l'accessibilité populaire que l'on recherche. Plus de cinquante ans après sa création, alors que la production du modèle de série s'est arrêtée en 1990, cette discipline reste incroyablement vivante sur les circuits de la FFSA et de l'UFOLEP, prouvant que l'esprit populaire du sport automobile incarné par la deuche reste éternel.


