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[Les Citroën au Cinéma] La SM américaine : star d'une course-poursuite culte avec Burt Reynolds

Citroën SM

Ce nouvel opus marque le dernier chapitre de notre série consacrée aux apparitions les plus mémorables de la firme de Javel sur le grand écran. Si la légendaire DS a longuement régné sur les plateaux de tournage du monde entier, une autre icône absolue de la marque a su captiver les réalisateurs internationaux par son audace stylistique et ses innovations technologiques d'avant-garde. La Citroën SM, véritable vaisseau amiral de l'époque, a en effet transcendé son statut de simple automobile pour devenir une figure cinématographique à part entière. C'est en 1974, dans le long-métrage américain Plein la gueule (The Longest Yard), réalisé par Robert Aldrich, que ce coupé de Grand Tourisme va s'offrir une vitrine d'exception. Durant une séquence d'ouverture mémorable devenue culte pour tous les cinéphiles et les historiens de l'automobile, la SM démontre avec brio l'étendue de ses compétences dynamiques, s'imposant comme le premier rôle mécanique d'une œuvre majeure du cinéma hollywoodien des années soixante-dix.

La scène d'ouverture : un affrontement stylistique et dynamique

Le long-métrage s'ouvre de manière abrupte sur le personnage de Paul Crewe, magistralement interprété par Burt Reynolds, un ancien quarterback de football américain déchu et profondément désabusé. Plongé dans un état d'ébriété avancé à la suite d'une dispute conjugale, il décide de quitter précipitamment la luxueuse demeure de sa compagne en s'emparant, sans la moindre autorisation, des clés de sa Citroën SM. S'ensuit immédiatement une longue et spectaculaire course-poursuite de plus de trois minutes à travers les rues de Palm Springs, opposant le fleuron technologique français aux imposantes forces de l'ordre locales. Cette séquence met en lumière un contraste visuel saisissant : d'un côté, les lignes fluides, tendues et résolument aérodynamiques du coupé européen, de l'autre, les silhouettes massives, géométriques et archaïques des berlines de police américaines de l'époque, telles que les Plymouth et les Ford contemporaines.

Sur le plan technique, la réalisation d'Aldrich exploite de manière magistrale les attributs fondamentaux de la GT française. La caméra capte avec précision l'efficacité de la suspension hydropneumatique, qui permet à la voiture d'absorber les irrégularités du bitume californien sans jamais perdre de sa superbe, tandis que la direction assistée DIRAVI, caractérisée par son rappel asservi et sa grande réactivité, transparaît à travers les manœuvres d'évitement audacieuses opérées par le protagoniste.

Il convient de souligner que le modèle mis en scène correspond scrupuleusement aux spécifications requises pour le marché de l'exportation outre-Atlantique. Cette SM américaine se distingue instantanément par ses attributs réglementaires obligatoires, à commencer par ses massifs pare-chocs proéminents ainsi que sa face avant spécifique, dépourvue de la célèbre verrière aérodynamique protégeant les six phares dont les optiques pivotantes étaient alors formellement interdites par la législation des États-Unis. La poursuite s'achève de façon dramatique lorsque Paul Crewe, cerné, précipite volontairement la voiture dans les eaux d'un port, scellant ainsi l'arrestation qui servira de point de départ à toute l'intrigue carcérale du film. Cette entrée en matière spectaculaire démontre que le choix de cette monture par la production ne devait absolument rien au hasard.


L'excentricité de la haute couture automobile comme miroir psychologique

Pour comprendre l'impact d'une telle scène en 1974, il est nécessaire de contextualiser la place qu'occupait la Citroën SM sur le territoire américain à cette période précise. Introduite au début des années soixante-dix, la SM demeurait une automobile d'une extrême rareté aux États-Unis, s'adressant exclusivement à une élite fortunée, esthète et profondément anticonformiste. Elle incarnait à la fois le luxe sophistiqué du Vieux Continent et l'excentricité créative française, s'affichant à un tarif prohibitif qui la plaçait en concurrence directe avec les productions de prestige de Détroit ou de Stuttgart.

L'intégration de ce véhicule dans le scénario constitue un outil de caractérisation psychologique d'une redoutable efficacité pour le personnage joué par Burt Reynolds. En installant Paul Crewe aux commandes de cette GT hors normes, le réalisateur Robert Aldrich transmet instantanément de multiples informations cruciales au spectateur sans recourir au moindre dialogue. La voiture indique immédiatement que Crewe évolue dans un milieu social particulièrement privilégié, mais suggère également son arrogance profonde, son détachement des valeurs traditionnelles américaines et son tempérament rebelle. Conduire une voiture si radicalement différente des standards locaux traduit graphiquement le refus du personnage de se conformer aux règles de la société qui l'a porté aux nues avant de le rejeter. La SM devient ainsi le prolongement mécanique de sa propre trajectoire : un joyau de technicité et d'élégance, brillant mais marginalisé, qui finit par sombrer par pur esprit de provocation.

La Citroën SM au panthéon du cinéma mondial

L'apparition de la SM dans Plein la gueule s'inscrit sans conteste parmi les références les plus mémorables de la carrière cinématographique de ce modèle, souvent jugée par les spécialistes comme sa prestation la plus marquante dans une production hollywoodienne. Alors que le septième art l'a régulièrement cantonnée à des rôles secondaires ou à des apparitions esthétiques fugaces, le film de Robert Aldrich lui confère une dimension narrative essentielle. Cette performance soutient aisément la comparaison avec d'autres chefs-d'œuvre contemporains, à l'instar du film dramatique français César et Rosalie (1972), où elle symbolise la réussite sociale du personnage d'Yves Montand, ou encore du long-métrage policier Folle à tuer (1975). Plus récemment, des œuvres telles que The Killer Elite (2011) ou le pastiche cinématographique OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire (2021) ont également capitalisé sur sa silhouette intemporelle pour évoquer instantanément une certaine idée du raffinement et de la distinction technique.

Une anecdote particulièrement savoureuse lie durablement l'acteur principal à la prestigieuse création française. Dès l'année suivante, en 1975, Burt Reynolds retrouve le réalisateur Robert Aldrich pour le film policier La Cité des dangers (Hustle), au sein duquel son personnage croise de nouveau, à plusieurs reprises, la route d'une Citroën SM. Cette récurrence a alimenté une hypothèse persistante parmi plusieurs historiens du secteur automobile, qui suggèrent que l'exemplaire visible à l'écran aurait pu appartenir à la collection personnelle du comédien, séduit par l'auto lors du précédent tournage. Bien qu'aucune preuve formelle issue des archives de la Paramount ou de la filiale américaine de Citroën ne permette aujourd'hui de corroborer cette théorie avec certitude, elle témoigne de la fascination durable qu'exerçait cette voiture sur ceux qui l'approchaient.

Le timing de la sortie de Plein la gueule s'avère par ailleurs crépusculaire : en 1974, alors que le premier choc pétrolier fragilise le marché des grosses cylindrées et que Citroën traverse de graves turbulences financières avant sa reprise par Peugeot, Hollywood immortalisait la splendeur de l'avant-garde française au moment précis où sa carrière commerciale s'apprêtait à s'interrompre.

En définitive, la Citroën SM confirme à travers cette apparition mémorable qu'elle compte parmi les plus grandes vedettes de l'histoire de la marque, mais également parmi les icônes les plus marquantes du cinéma automobile mondial. La séquence d'ouverture de Plein la gueule demeure un cas d'école magistral, illustrant de façon limpide la supériorité dynamique, le futurisme esthétique et l'originalité conceptuelle de la voiture face aux productions américaines traditionnelles. En l'espace de trois minutes intenses, Robert Aldrich est parvenu à offrir à cette GT d'exception une visibilité internationale hors du commun, transformant une démonstration de conduite en un monument de la culture populaire. Plus de cinquante ans après sa sortie en salles, ce moment de bravoure cinématographique continue d'émerveiller les passionnés, scellant à jamais le destin de la SM au firmament du septième art.

1 commentaire

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Citrofan
Citrofan
il y a 9 minutes
Noté 5 étoiles sur 5.

C’est un peu un crève coeur de voir cette SM disparaître dans l’eau

Un point que l’on oublie souvent sur SM ou DS également, c’est le son du puissant klaxon à deux tons qui permettait d’être bien entendu sur autoroute

On parlait la semaine dernière de la Mehari Azur et justement elle est apparue avec Corinne Masiero a son volant dans un épisode de Capitaine Marleau.

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À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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