Interview de Linda Jackson sur la place des femmes dans l'automobile
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Interview de Linda Jackson sur la place des femmes dans l'automobile



Quel type de manager êtes-vous ? Très ouvert ! J’adore travailler en équipe. Pour moi, il est très important de discuter avec mes collaborateurs, de garder un contact étroit avec tous, y compris ceux qui ne sont pas managers. C’est pour cela que, par exemple, j’organise tous les mois un petit-déjeuner avec une dizaine de personnes, choisies de manière aléatoire dans tous les services. Pendant une heure, elles peuvent me poser toutes les questions de leur choix, rien n’est interdit ! Pour moi, c’est très intéressant, car j’ai un feed-back direct.

Quand on est manager, on pense souvent que tous les messages sont “descendus” et compris, ce qui n’est parfois pas le cas. Franchement, j’essaye de gérer les gens comme je veux que mon boss (Carlos Tavares, ndlr) me gère, moi. Ma porte est toujours ouverte. D’ailleurs, pour la petite histoire, depuis notre déménagement à Rueil-Malmaison, il y a un peu moins d’un an, je n’ai plus de bureau attitré. Et c’est très bien comme ça !

Le monde de l’automobile est très masculin. Est-il en train d’évoluer vers plus de mixité ? C’est vrai, les hommes sont très nombreux dans ce secteur et c’est un monde macho. Mais les choses changent. Si je prends PSA Groupe, nous avons aujourd’hui 21% de femmes cadres contre 5% il y a dix ans. Et si je regarde les moins de 30 ans chez PSA, il y a 37% de femmes. La mixité progresse avec les jeunes !

Vous dénoncez pourtant régulièrement le machisme ambiant chez les concessionnaires… Notre clientèle est très féminine : 50% de nos clients sont des femmes et, derrière 80% des décisions d’achat de voiture, il y a une femme… Bien sûr que je voudrais plus de vendeuses parmi les concessionnaires ! J’ai effectué des visites mystères chez des représentants en Angleterre et, dès qu’on parlait du prix et qu’on entrait dans la “hard negociation”, le vendeur s’adressait directement à l’homme. Il faut absolument changer cette attitude !

On pourrait aussi former les vendeurs à d’autres soft skills, non ? Il est évidemment nécessaire de travailler sur le comportement des vendeurs. Et nous faisons beaucoup de formations en ce sens. Mais, vraiment, les mentalités changent ! J’ai commencé ma carrière chez Citroën en 2005 et, il y a treize ans, la seule idée d’imaginer une femme à la tête de Citroën, société française iconique, était impossible. C’est un monde qui évolue, mais cela va prendre du temps.

Pensez-vous qu’il existe un leadership spécifiquement féminin ? Pour moi, la question du leadership n’est pas une question de sexe, mais de compétences. Dans le comité exécutif de PSA, qui compte 17 personnes, il y a deux femmes et je peux vous assurer qu’elles sont aussi écoutées que les hommes. Le leadership est une question de professionnalisme et de crédibilité. On a toujours le même challenge : faire ses preuves. Peut-être que nous, les femmes, travaillons plus pour cela et que nous nous mettons beaucoup de pression. Moi-même, j’ai travaillé plus pour arriver à ce niveau.

Avez-vous initié une politique de recrutement favorable aux femmes ? Quand on arrive au niveau qui est le mien, on a besoin de s’entourer des meilleurs. Depuis mon arrivée, j’ai remplacé toute mon équipe. Il y a des femmes, évidemment. Certaines gèrent la pub, la communication, d’autres un modèle futur, une autre est responsable du choix des matériaux et des finitions… Mais je n’ai pas choisi ces femmes parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles sont les plus compétentes dans leur spécialité.

Que faites-vous pour favoriser la promotion des femmes chez Citroën, ainsi que l’égalité entre hommes et femmes ? Je suis mentor pour des femmes à l’intérieur de PSA Groupe. C’est très important pour promouvoir les femmes. Mais, ce qui m’anime, c’est de donner la possibilité à tout le monde, hommes comme femmes, de trouver un réel équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. C’est pour cela que nous avons mis place des feel good rules : pas de réunion avant 8 heures ni après 18 heures, pas d’email le week-end… Depuis trois ans, tout le groupe suit ces règles. Même Carlos Tavares, mon chef, ne m’envoie généralement pas d’emails le week-end

Que pensez-vous de l’objectif 50/50 poursuivi par certaines entreprises ? Je suis contre les quotas. Ils ne sont pas favorables aux femmes. Je le répète : je ne choisis pas une femme parce que c’est une femme mais parce qu’elle est la meilleure. Les quotas, c’est la porte ouverte aux médisances. On pourrait dire “Linda Jackson a été choisie parce que c’est une femme”. Non ! J’ai été choisie parce que j’avais des résultats ! Le compteur est contre les femmes.

Vous êtes peu nombreuses en France à diriger des constructeurs automobiles. Etes-vous en contact avec vos homologues ? Effectivement, nous sommes trois : Annette Winkler chez Smart, Mary Barra chez General Motors, et moi-même. Quand j’ai été nommée à la tête de Citroën, Annette m’a écrit une lettre très sympa, mais je n’ai pas eu l’occasion de la rencontrer. C’est dommage. J’espère que nous nous croiserons prochainement.

Passionnément Citroën - 2020 

Contact : passionnementcitroen1@gmail.com 

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