Citroën Basalt en Europe : Pourquoi le SUV coupé ne rejoindra pas notre gamme ?
- Jérémy
- 9h
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Dernièrement, la sphère automobile s'est agitée suite à la diffusion d'images montrant un futur SUV coupé que Fiat développe activement pour une présentation prochaine en Europe. Ce nouveau modèle, qui partage des gènes techniques évidents avec les récentes productions du groupe Stellantis, pose inévitablement une question cruciale pour les fidèles de la marque aux chevrons : pourquoi le Citroën Basalt, son équivalent direct déjà commercialisé sur d'autres marchés mondiaux, ne traverse-t-il pas l'océan pour rejoindre nos concessions ? Alors que la silhouette de SUV coupé connaît un succès croissant sur le Vieux Continent, les raisons de cette absence dans la gamme européenne de Citroën révèlent les complexités d'une stratégie de groupe où chaque millimètre et chaque euro comptent.
Un potentiel de succès indéniable sur le marché européen
À première vue, l'absence du Citroën Basalt en Europe peut paraître surprenante. Le véhicule possède en effet tous les attributs pour séduire une clientèle européenne de plus en plus friande de silhouettes dynamiques. Conçu sur la plateforme SmartCar, qui sert déjà de base aux nouvelles C3 et C3 Aircross, le Basalt bénéficierait d'une structure optimisée pour la réduction des coûts de production. Cette architecture permettrait d'afficher des tarifs extrêmement compétitifs, un argument de poids dans un contexte économique où l'accessibilité devient le principal moteur d'achat.
Le design du Basalt, mêlant la garde au sol d'un SUV et la ligne de toit fuyante d'un coupé, s'inscrit parfaitement dans les tendances actuelles. Ce concept, qui était autrefois réservé aux segments premium, s'est largement démocratisé et rencontre un écho très favorable en France comme chez nos voisins. Néanmoins, l'introduction d'un nouveau modèle ne dépend pas uniquement de son esthétique ou de son prix potentiel. Il s'agit d'une équation complexe intégrant la logistique industrielle et la cohérence globale de l'offre européenne, où chaque nouveauté doit trouver sa place sans nuire à l'équilibre préexistant.

La menace directe pour la Citroën C4 et l'équilibre industriel
La raison majeure pour laquelle Citroën ne peut pas diffuser le Basalt en Europe réside dans une analyse de segmentation très stricte. Avec une longueur d'environ 4,35 mètres, le Basalt viendrait se positionner frontalement face à la Citroën C4, qui mesure 4,36 mètres. Les deux véhicules partagent un concept similaire, puisque la C4 actuelle est elle-même une berline compacte aux accents de SUV coupé. En proposant le Basalt, Citroën se retrouverait avec deux modèles aux dimensions extérieures quasi identiques et à l'habitabilité très proche, le Basalt pouvant même se montrer plus généreux grâce à une optimisation intérieure héritée du programme C-Cubed.
Le risque de cannibalisation serait alors immense. Avec des tarifs prévisibles nettement inférieurs à ceux de la C4, le Basalt pourrait littéralement condamner la carrière de la berline compacte de la marque. Cette situation aurait des conséquences dramatiques pour l'appareil industriel du groupe, et plus particulièrement pour l'usine de Madrid. Le site de Villaverde dépend aujourd'hui exclusivement de la production des C4 et C4 X. Alors que le segment des berlines compactes subit déjà de plein fouet la concurrence des B-SUV, introduire une alternative interne plus abordable mettrait en péril la pérennité de l'usine espagnole, un risque que Stellantis ne semble pas prêt à prendre.
Un chaînon manquant dans la gamme entre la C3 et le C3 Aircross
Malgré ces contraintes, l'observation de la gamme Citroën actuelle laisse apparaître une opportunité. Entre la nouvelle C3, longue de 4 mètres, et le nouveau C3 Aircross, qui atteint désormais 4,39 mètres, il existe un espace vacant d'environ 40 centimètres. Si le Basalt avait été conçu avec une longueur plus contenue, aux alentours de 4,20 mètres, son introduction aurait été pertinente pour combler ce vide. Un SUV coupé urbain de ce format aurait permis de proposer une alternative dynamique aux clients trouvant la C3 trop courte et le C3 Aircross trop typé "familial".
L'avenir nous dira si Citroën envisage de corriger ce manque. Deux pistes pourraient être explorées : le développement d'une version raccourcie du Basalt spécifique à l'Europe, ou bien la concrétisation en série du concept ELO, présenté en décembre dernier. Ce dernier, avec ses 4,10 mètres, a suscité des retours extrêmement positifs grâce à son approche minimaliste et moderne de la mobilité. Reste à savoir si la marque privilégiera la forme d'un SUV coupé compact ou si elle osera réinterpréter le concept du monospace urbain pour casser les codes du marché actuel.
Une logique économique avant tout
En conclusion, si l'absence du Citroën Basalt en Europe peut logiquement décevoir ou interroger, elle répond à une logique industrielle et économique implacable. Introduire ce SUV coupé reviendrait à fragiliser la Citroën C4, un modèle pilier qui a récemment bénéficié d'un restylage important pour rester compétitif. Dans un marché de la berline compacte en pleine mutation, protéger les investissements réalisés sur la plateforme madrilène est une nécessité.
Toutefois, le succès potentiel d'un tel véhicule en Europe reste une réalité que Citroën ne pourra ignorer indéfiniment. Le "trou" existant dans la gamme entre la citadine C3 et le grand C3 Aircross est une zone de croissance potentielle. Que ce soit par un dérivé du Basalt ou une version de série du concept ELO, la marque devra tôt ou tard répondre aux attentes des consommateurs pour un véhicule intermédiaire, accessible et au style affirmé. Le mystère reste pour l'instant entier, mais la dynamique actuelle de Citroën laisse présager des choix audacieux.

