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[Citroën au cinéma] La Citroën DS dans Les Aventures de Rabbi Jacob

La Citroën DS dans Les Aventures de Rabbi Jacob

Pour compléter la grande série consacrée aux Citroën au Cinéma, il était absolument impensable de faire l'impasse sur deux monuments incontournables de la culture populaire française : Louis de Funès, figure tutélaire de notre comédie, et la Citroën DS, véritable icône de l'ingénierie automobile. Ces deux légendes ont partagé de nombreuses aventures sur le grand écran, marquant des générations de spectateurs. Néanmoins, l'une des apparitions les plus mémorables et spectaculaires demeure sans conteste le film Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury, sorti en 1973, où la célèbre berline aux chevrons en voit littéralement de toutes les couleurs avant de finir dans une posture inoubliable.

Le rôle statutaire d'une voiture mythique

Dès les premières minutes du film, la Citroën DS 21 Pallas de 1972, dans sa majestueuse livrée noire, s'impose bien au-delà du simple accessoire de transport. Elle incarne l'extension directe du statut social de Victor Pivert, le riche industriel conservateur et pétri de préjugés brillamment interprété par Louis de Funès. Voiture statutaire par excellence des notables et de la grande bourgeoisie de l'époque, cette luxueuse berline, propulsée par un moteur 4 cylindres en ligne de 2175 cm³ développant 109 chevaux DIN, offre un confort souverain. Conduite par son flegmatique chauffeur Salomon, la DS sert de huis clos comique durant les treize premières minutes du long-métrage. C'est dans cet habitacle luxueux que Victor Pivert s'impatiente dans les embouteillages parisiens, traverse une cérémonie de mariage au pas de course, et découvre avec stupeur la confession religieuse de son employé. Élément visuel fort de cette introduction, la voiture transporte ostensiblement sur son toit le "Germaine II", un imposant canot à moteur ironiquement baptisé en l'honneur de l'épouse très directive du personnage principal, préparant ainsi le terrain pour une scène en particulier qui est rapidement devenue mythique.


Une cascade mémorable et des répliques devenues cultes

Cette scène de sortie de route, qui clôture le premier acte du film, constitue un véritable morceau de bravoure de la comédie française. Afin d'éviter un camion qui lui barre la route, la voiture quitte brusquement la chaussée, décolle majestueusement sur un talus herbeux et vient s'écraser à l'envers, en plein milieu d'un étang. L'image de la carrosserie engloutie sous l'eau, maintenue artificiellement à la surface par la coque retournée du bateau, est gravée dans la mémoire collective, tout comme la réplique incontournable de Pivert, coincé dans l'habitacle inondé : "Mais il est où ce bateau ?!". Le tournage de cet exploit a exigé une grande minutie technique. L'équipe de cascadeurs a dû dissimuler une rampe de lancement en terre et en bois juste derrière le talus. Trouver l'équilibre parfait entre le poids conséquent du châssis de la Citroën DS et l'aérodynamisme perturbateur du canot a nécessité de savants calculs mathématiques pour garantir que le véhicule atterrisse précisément à l'envers, sans couler à pic. Cette séquence a d'ailleurs tellement marqué les esprits que le marché des miniatures s'en est largement emparé. Les collectionneurs peuvent notamment se tourner vers le qualitatif modèle officiel Norev au 1/43ème (référence 157072), ou rechercher la rare édition "Car Maniac" intégrant les figurines des personnages. Les modélistes avertis privilégieront quant à eux le transkit français "Steel Young", permettant de transformer soi-même n'importe quelle DS miniature en y adaptant les barres de toit et la coque en résine du fameux Germaine II.

Les faux raccords et secrets de réalisation

Si le cinéma est un art qui implique un montage minutieux et des mois de préparation, les tournages longs et complexes laissent souvent échapper quelques erreurs de continuité. Malgré le génie de Gérard Oury, de nombreux faux raccords parsèment les séquences mettant en scène la Citroën DS. Le plus spectaculaire concerne la cascade elle-même : la voiture qui décolle et plonge dans le lac n'est absolument pas la rutilante DS 21 Pallas noire du début ! Pour des raisons évidentes de budget, la production a sacrifié une Citroën ID vieillissante, dont le dessin du pavillon et l'absence des baguettes chromées latérales trahissent la supercherie aux yeux des experts. D'autres détails amusants méritent d'être soulignés, comme cette direction assistée contrariée où Salomon donne un brusque coup de volant vers la gauche, tandis que le plan extérieur montre la voiture braquer sèchement à droite. On note également un trafic fantôme près de l'église, où une 2CV stationnée derrière Pivert disparaît mystérieusement au plan suivant. Enfin, les conditions de tournage se reflètent littéralement à l'écran : la peinture noire laquée trahit la présence des puissants projecteurs de cinéma lors des dépassements en forêt, tandis que la météo extrêmement capricieuse offre un ciel bleu immaculé lors du décollage sur le tremplin, qui se transforme magiquement en un plafond gris et nuageux une fraction de seconde plus tard lors de l'amerrissage.

En définitive, la Citroën DS n'est pas seulement un chef-d'œuvre de design et une référence automobile mondiale ; c'est aussi une immense icône du septième art, ayant illuminé de très nombreux films français et internationaux. Lorsqu'elle s'associe au génie comique de Louis de Funès, la berline aux chevrons se retrouve propulsée dans les situations les plus extravagantes, qu'elle s'envole littéralement dans les airs avec Fantômas ou qu'elle navigue à l'envers sous un bateau dans Rabbi Jacob. C'est précisément à travers ces moments de bravoure que l'on perçoit toute l'étendue du génie de Citroën : celui d'avoir su concevoir des véhicules dotés d'une telle présence scénique et d'une telle polyvalence qu'ils ont permis aux plus grands réalisateurs de donner vie à leurs folies les plus grandioses.


Sources documentaires : Archives de production cinématographique (Gaumont), catalogues de miniatures Norev, analyses techniques de la base de données IMCDB (Internet Movie Cars Database).


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À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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