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[Les hommes qui ont fait Citroën] Georges-Marie Haardt : l’histoire du bras droit d’André Citroën

Georges Marie Haardt

Nous vous proposons aujourd'hui un nouvel article de notre série thématique consacrée aux hommes d'exception qui ont fait l'histoire de Citroën. Ce volet met en lumière un personnage particulièrement discret, mais dont le rôle s'est avéré ô combien crucial dans la trajectoire et la renommée internationale des chevrons : Georges-Marie Haardt. Souvent relégué dans l'ombre médiatique du flamboyant et visionnaire André Citroën, cet administrateur hors pair et explorateur audacieux fut pourtant la véritable clé de voûte opérationnelle de l'entreprise durant les années folles. Plongée dans le destin hors du commun d'un homme de l'ombre devenu une figure légendaire de l'aventure automobile.

De Naples aux tranchées de la Grande Guerre : la forge d’un destin européen

L’histoire de Georges-Marie Haardt commence loin des usines du quai de Javel. Il naît le 8 décembre 1884 à Naples, au cœur de l'Italie, au sein d’une famille d’origine belge. Ce terreau multiculturel favorise très tôt chez lui une grande ouverture d'esprit et une adaptabilité remarquable. Il grandit en cultivant un goût prononcé pour les sciences, ce qui l'oriente naturellement vers de brillantes études d’ingénieur. Diplôme en poche, le jeune homme se distingue rapidement par un profil complet et singulier, combinant de solides compétences techniques, un sens aigu des réalités commerciales et des aptitudes innées pour l'organisation logistique. Profondément attaché à sa patrie d'adoption, il sera officiellement naturalisé français au cours de l'année 1929.

Bien avant cette reconnaissance administrative, c’est le premier conflit mondial qui va agir comme le véritable révélateur de ses compétences exceptionnelles. Durant la Première Guerre mondiale, Georges-Marie Haardt sert avec distinction dans les unités de blindés. Cette expérience militaire exigeante et inédite s'avère fondatrice pour la suite de sa carrière. Au milieu du chaos des champs de bataille, il développe une expertise pointue dans le maniement des véhicules tout-terrain, la gestion des chaînes d'approvisionnement complexes et la logistique lourde en milieu hostile. Cette capacité à commander avec un calme olympien et à résoudre des défis matériels réputés insolubles va poser les jalons de sa future trajectoire industrielle et faire de lui l'homme providentiel pour la marque aux chevrons.


L’éminence grise et le double opérationnel d’André Citroën

L'entrée de Georges-Marie Haardt dans l'univers de la marque coïncide avec la formidable ascension industrielle de l'entreprise. Son parcours débute véritablement lorsqu'il prend la direction générale de la société des automobiles Mors, juste avant que celle-ci ne soit définitivement intégrée et absorbée par les structures d'André Citroën. Très vite, la complicité entre les deux hommes devient évidente et Haardt gravit les échelons à une vitesse impressionnante. Il occupe successivement les postes stratégiques de responsable commercial, de directeur général, puis de vice-président de la société. André Citroën trouve en lui le collaborateur idéal et une éminence grise indispensable au bon fonctionnement de l'empire automobile naissant.

Le patron de Javel apprécie par-dessus tout sa rigueur scientifique, son efficacité chirurgicale, son sang-froid inébranlable face aux crises financières ou techniques, ainsi que son aptitude hors norme à piloter des chantiers industriels gigantesques. Pour comprendre la philosophie de ce dirigeant d'exception, il suffit de se pencher sur sa devise personnelle : « Res, non verba », que l'on peut traduire par « Des faits, pas des paroles ». Cette formule lapidaire résume à elle seule le tempérament de Haardt, antithèse parfaite mais complémentaire d’un André Citroën extraverti et communicant né. Là où le fondateur imaginait l'avenir et dessinait les contours de la modernité automobile, Haardt matérialisait les rêves, structurait les usines et transformait les concepts audacieux en de solides réalités économiques et industrielles.

La Croisière noire Citroën

L’architecte des grandes expéditions et le sacrifice ultime

Au-delà de ses fonctions managériales, Georges-Marie Haardt va acquérir une stature internationale en devenant le chef d'orchestre des mythiques expéditions motorisées Citroën. La première grande aventure se déroule entre 1922 et 1923 avec la célèbre traversée du Sahara. Aux commandes des révolutionnaires autochenilles Citroën-Kégresse, Haardt relie Touggourt à Tombouctou. L'objectif, pleinement atteint, consiste à démontrer la fiabilité absolue du matériel et à prouver au monde entier que l’automobile peut vaincre les territoires les plus hostiles de la planète, tout en offrant à la marque une visibilité médiatique mondiale sans précédent.

Fort de ce succès retentissant, il prend la direction de l'Expédition Citroën Centre-Afrique, passée à la postérité sous le nom de Croisière Noire entre 1924 et 1925. En tandem avec Louis Audouin-Dubreuil, Haardt traverse le continent africain du nord au sud. Cette odyssée ne se limite pas à un exploit mécanique ; elle intègre une dimension scientifique, ethnologique et artistique majeure, notamment documentée par les peintures d'Alexandre Iacovleff et le film à succès de Léon Poirier. Le point d'orgue de sa carrière d'explorateur intervient en 1931 avec le lancement de la Croisière Jaune. Ce projet titanesque vise à relier Beyrouth à Pékin en empruntant la mythique Route de la Soie.

Face aux barrières de l'Himalaya, aux tempêtes du désert de Gobi, aux pannes mécaniques complexes et aux conflits géopolitiques locaux incluant des prises d'otages temporaires, Haardt fait preuve d'un leadership exemplaire et méthodique. Entouré de savants comme Pierre Teilhard de Chardin, il mène l'équipe à bon port à bord du célèbre véhicule de commandement surnommé le Scarabée d’Or. Malheureusement, cet effort surhumain brise sa santé. Sur le chemin du retour, affaibli par les privations et le climat extrême, il contracte une terrible grippe qui évolue rapidement en une double pneumonie. Georges-Marie Haardt s'éteint à Hong Kong le 16 mars 1932, à l’âge de seulement 47 ans, laissant la marque et André Citroën orphelins de leur plus grand capitaine. Dans sa vie privée, cet homme discret cultivait le goût du beau, possédant un magnifique appartement parisien de la rue de Rivoli entièrement décoré dans le style Art Déco par le célèbre Jacques-Émile Ruhlmann.


Bien que sa trajectoire terrestre se soit arrêtée brutalement au printemps 1932 des suites de cette maladie contractée en mission, Georges-Marie Haardt demeure une figure historique absolument incontournable. Il est essentiel à l’histoire de Citroën car il a su incarner avec une élégance rare l’esprit pionnier de la marque, transformant des exploits techniques en de formidables outils de marketing mondial. Sans son génie de l'organisation et sa capacité à structurer l'impossible, les grandes heures du quai de Javel n'auraient probablement jamais connu un tel retentissement international, gravant pour toujours les chevrons dans le grand livre de l'aventure humaine.

À propos de l’auteur
✍️ Je m’appelle Jérémy K., fondateur du site Passionnément Citroën.
Passionné d’automobile depuis toujours et de Citroën en particulier, je partage chaque jour l’actualité de la marque à travers des articles, essais, analyses et dossiers.
J’ai également créé le magazine Être Citroëniste et la chaîne YouTube Passionnément Citroën, pour faire vivre et transmettre cette passion sous toutes ses formes.
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