Interview d'Arnaud Belloni autour du Citroën C4 Cactus

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Interview d'Arnaud Belloni autour du Citroën C4 Cactus



Le restylage de la C4 Cactus est si profond qu’on a l’impression d’avoir une nouvelle voiture. Est-ce un constat des limites de la première génération ou une volonté de repositionner le produit par rapport à l’évolution actuelle du marché ? Vous avez raison, c’est un gros changement : 80 % des pièces de la carrosserie ont été changées. J’aime bien votre question. La première génération de Citroën C4 Cactus est un véhicule fondamentalement important pour Citroën. C’est le marqueur d’une nouvelle génération de véhicules. Citroën en a quand même vendu près de 270 000 exemplaires. c’est la preuve que nous étions sur la bonne piste.

Je pense sincèrement, en tant que professionnel mais aussi en tant qu’amateur d’automobiles, que la Citroën C4 Cactus est un véhicule qui sera iconique, qui entrera dans l’histoire automobile. Elle a d’ailleurs remporté de nombreuses récompenses pour son design, au niveau international. Cette voiture a validé les marqueurs de Citroën. Quand vous regardez une Citroën C3, une C3 Aircross, la filiation avec la C4 Cactus est immédiate. Vous le verrez aussi en fin d’année avec le Citroën C5 Aircross. Mais comme tout véhicule novateur, il est peut-être sorti un peu trop tôt.

Et puis, il faut le reconnaître, il y a une très grande partie de la clientèle potentiel qui s’est détournée de Citroën C4 Cactus parce que nous sommes allés trop loin. Même si cela a permis de marquer un nouveau territoire, de tester de nouvelles solutions esthétiques et des inventions. Les Airbump bien sûr, c’est clairement une très bonne invention : les journalistes les ont bien aimés, le grand public pas toujours, et les sociétés les ont clairement détestés. Comme les Airbumps n’étaient pas amovibles, le marché des sociétés ne s’est pas ouvert à ce produit.

C’est donc ce retour d’expérience qui nous a fait réduire la taille des Airbumps. Et sur d’autres modèles, on les a rendus amovibles (Citroën C3). Il n’y a pas de dogme chez Citroën, sur des modèles vous les verrez en position basse, sur d’autres il n’y en aura pas du tout. C’est la magie Citroën : il y a des décisions qui peuvent ne pas paraître cohérentes au commun des mortels, mais ce sont des décisions qui ont marqué l’histoire Citroën.

André Citroën n’a jamais dessiné la même voiture. Dans l’histoire Citroën, on n’a jamais pris une voiture pour la faire évoluer par petites touches. On est souvent reparti d’une page blanche. Il n’y a pas eu de successeur à la Citroën 2CV par exemple.

Alors, bien sûr, aujourd’hui on essaie de donner une cohérence à la gamme, qui impacte la Citroën C4 Cactus, qui impacte le style des Airbumps. Et on continuera à les faire évoluer. Je vous donne un autre exemple : la Connected Cam de la Citroën C3, on ne la retrouve pas sur Citroën C3 Aircross, mais on le retrouvera sur d’autres véhicules à l’avenir.

vous parliez de la Citroën 2CV et, comme elle, la Citroën C4 Cactus pouvait être perçue comme une voiture essentielle, des villes comme des champs… Nous avons plutôt vendu la première génération de Citroën C4 Cactus à une clientèle rurale. Une clientèle un peu plus esthète, capable d’apprécier un objet au design fort. Et puis on l’a plutôt vendu en version haut-de-gamme, bien équipée. La version d’appel, essentielle, ne s’est pas trop vendue.

Donc si on souhaitait donner un avenir à cette Citroën C4 Cactus, il fallait lui donner un avenir plus contemporain. Garder sa personnalité, mais aussi lui donner un peu plus de sagesse esthétique. Il ne fallait pas exclure le marché des flottes pour des raisons design. Et il fallait lui injecter une mise à jour de contenu technologique issue de la Citroën C3.

Au sujet du positionnement, qui était un peu à cheval entre deux catégories, ne vous êtes vous pas posés la question de la faire évoluer vers la gamme Aircross plutôt que Berline ? Car aujourd’hui, il n’y a plus de C4 ni de C4 Aircross ! La réponse est simple, Citroën C4 a fait sa carrière et il est temps qu’elle s’arrête. Aujourd’hui, l’objectif de Citroën est de faire des voitures à forte personnalité, capable de se vendre au plus grand nombre et sans remise.

Un produit comme la Citroën C3 nous permet de le faire. Le client achète les Airbumps, achète la carrosserie bi-colore, achète les ambiances intérieures, qui sont des options. Ce qui est valable sur Citroën C3 est aussi valable sur le début de carrière de Citroën C3 Aircross. On est en train de gagner le pari du sex-appeal, ou de l’empathie en terme plus policé. Le client vient acheter ce qu’il aime vraiment, et avoir une remise passe en second plan. Et ça c’est vraiment important pour la santé de Citroën.

Aujourd’hui, sur Citroën C4, c’est le contraire. Il fallait donc la remplacer, mais comment ? Dans le calendrier produit, avec le redressement de la marque, il n’y avait pas de possibilité immédiate. On a donc décidé de donner cette mission à la voiture la mieux placée pour le faire, et c’est naturellement le Citroën C4 Cactus. Et comme vous l’avez dit, son positionnement de départ était ambigu. Mais il était assez facile de la civiliser pour en faire une berline. Mais il ne fallait pas que ce soit juste cosmétique, nous n’aurions pas été crédible. Il fallait lui redonner du contenu technologique pour correspondre au plus proche des standards du segment C.

Et surtout, il fallait lui donner ce que la concurrence ne fera jamais : le meilleur de la technologie en terme de suspension et de confort d’assise. On a donc développé les amortisseurs à butées hydrauliques, en première européenne. Ils équipent déjà le Citroën C5 Aircross en Chine. Avec les sièges Advanced Comfort, Citroën C4 Cactus est le premier marqueur du nouveau confort Citroën en Europe. Enfin, en termes de taille, Citroën C4 Cactus est la plus à même de répondre à ce segment. Elle est certes plus compacte, mais elle a un très bon empattement.

Avez vous fait évoluer la garde-au-sol ? Non, elle n’évolue pas, elle reste à 15,5 cm.

On a beaucoup parlé de l’extérieur. Parlons un peu de l’intérieur, l’abandon de la banquette avant. En effet, mais on a gardé les assises larges. C’est la voiture la plus sophistiquée dans la gamme en termes de sièges. Moins que l’ancienne Citroën C5 bien sûr, qui était redoutable. Mais c’est un marqueur qui vient de l’histoire de la marque, depuis la Citroën Traction ou la GS par exemple, avoir des assises larges et confortables.

Votre objectif est donc de placer Citroën C4 Cactus en référence du segment C. Mais somme-nous au niveau de la Citroën C5, aussi bien en terme de suspension que de confort d’assise ?

Alors je vous laisserai faire votre propre analyse là-dessus lors de votre essai . Je pense que quelqu’un qui essaiera plusieurs voitures avant l’achat remarquera que la Citroën C4 Cactus sera l’une des meilleures sur ce point. J’ai eu la chance d’essayer le Citroën C5 Aircross sur des dos d’âne et d’autres petits obstacles : la réaction de la voiture est très étonnante. Et je ne suis pas ingénieur alors j’en parle très mal : moi j’ai un ressenti grand public. C’est bluffant.

Les produits d’aujourd’hui sont plutôt dans le marqueur de confort « dur ». Je pense que la clientèle en fera bientôt le reproche. C’est pour ça aujourd’hui que Citroën C3 Aircross démarre bien : il a une bonne bouille, et son confort comme sa modularité font la différence.

Pour revenir à Citroën C4 Cactus, pour la pérenniser, le bon axe est le confort. Et c’était faisable sans changement fondamental. Si nous avions dû la changer de manière plus importante, nous en aurions fait une autre je pense.

il y a un point de reproche qui n’a pas évolué, ce sont les vitres arrière fixes. La possibilité de modifier ce point pour le marché brésilien était évoquée, finalement ça ne change rien ?

Attention, les rumeurs ne sont pas toujours vraies. Pourquoi ne pas avoir fait des vitres coulissantes ? Parce que ça allait trop loin. Vous n’allez peut être pas me croire, mais ce n’était pas une priorité par rapport aux attentes du client. Nous avons une clientèle un peu plus âgée, qui utilise principalement les places à l’avant. L’usage de la banquette arrière est limitée à des petites distances, et si elles sont plus importantes, elles sont faites avec des enfants, voire des petits enfants. On a fait des tests cliniques sur ce sujet et ça n’a jamais été remonté comme rédhibitoire. Par contre, ce qu’il l’était, c’était de ne pas avoir la technologie de la Citroën C3 Aircross.

On se place sur la marché avec une voiture au juste prix, avec un confort qui terrasse la concurrence. Citroën a mis en place une surveillance de prix depuis l’arrivée de Linda Jackson et Carlos Tavares. On a un monitoring sur les prix qui est mensuel. Prenez Ray Ban, une marque très design et très populaire : le client achète des lunettes Ray Ban pour ce qu’elles sont, sans demander de remise. Il y a carrément plus cher, mais aussi moins cher. Mais c’est ça être au cœur du marché. Et il ne faut pas oublier l’ADN de Citroën qui est d’être une marque populaire : on vend aux P-DG comme aux ouvriers.

« Le travail se concentre déjà sur son successeur »

En termes de motorisation vous dépassez désormais les 110 ch. Oui avec le moteur 130 ch essence PureTech. C’est bluffant aujourd’hui le marché est totalement en train de se retourner. Sur Citroën C3 Aircross, et ce n’est que le début, on est quasiment à 70 % d’essence en mix de vente. Et la moitié en boîte automatique.

Peut-on imaginer des évolutions au niveau de la carrosserie, comme une variante break, très présente dans le segment C ?

Non, pas sur Citroën C4 Cactus, on en restera là. Le travail se concentre déjà sur son successeur.

La phase 2 de Citroën C4 Cactus aura donc une durée de vie normale et non pas prolongée. On aurait pu s’attendre au contraire au vu de l’investissement ?

La première phase de Citroën C4 Cactus a déjà une vie longue : 4 ans. Ce n’est pas exceptionnel, mais je ne vais pas rentrer dans les secrets du plan produit.

N’avez-vous pas été tentés de modifier son patronyme ?

Alors je pense que si je l’avais débaptisée vous m’auriez dit que c’était une décision très marketing ! Le marketing a ses limites, donc non, hors de question. Et puis changer de patronyme impose de repasser des tests légaux et ça nécessite de gros investissements. Alors ce n’est pas la raison principale pour garder le nom. Mais si vous regardez de plus près, C4 et Cactus sont dissociés, le premier sur le hayon, le second sur le montant C. C’est la seule fantaisie que nous nous sommes autorisés.

Les barres de toit ont disparu, en tout cas sur les modèles présentés. Non elles y sont toujours. Elles sont disponibles en option, car certains clients les apprécient.

Aujourd’hui, la Citroën C4 Cactus a une carrière très Européenne… Non, pas seulement. Elle est proposée aussi en Turquie, en Algérie, au Maroc, en Ukraine, en Moldavie, au Chili, au Pérou, en Thaïlande, à Taiwan, à Singapour, en Israël et en Australie.

Nous pensions qu’en Amérique du Sud, ce n’était pas pour tout de suite… Non, la Citroën C4 Cactus actuelle est déjà en Argentine. Elle n’est pas encore au Brésil en effet mais en ce moment il y a d’autres lancements, on ne peut pas tout lancer en même temps.

Et la Chine ? Non pour la Chine, nous avons déjà Citroën C5 Aircross et en fin d’année nous lançons la Citroën C3 Aircross. Et aussi d’autres surprises apparaîtront également. En Chine, nous sommes en train de tout reconstruire.

Sur la première génération de Citroën C4 Cactus, il y avait des choses qui fonctionnaient bien comme les séries spéciales. Nous avons la Rip Curl en tête, avec des éléments très graphiques sur la carrosserie. Est-ce que vous en avez de nouvelles de prévues ? Oui, nous en avons prévu et dès cette année.

En plus des teintes actuelles, pouvons-nous imaginer que Citroën propose sur C4 Cactus un pavillon coloré ou une custode façon persienne comme d’autres produits de la gamme ? Non, il faudra attendre le prochain je pense. Ce sont aussi et avant tout des choix industriels, qui nécessitent une organisation spécifique. C’est très compliqué à faire sur un facelift. Si vous souhaitez un mix de 15%, vous pouvez le faire sur une chaîne parallèle. Mais si l’objectif est 80%, il faut mettre en place une unité spécifique pour absorber le volume. Le tout dans un respect de la qualité.

Ce n’est donc pas juste un choix marketing, quand pour le Citroën C5 Aircross il nous avait été dit qu’il n’y en aurait pas en raison de son positionnement plus haut-de-gamme. Il est possible que Citroën C5 Aircross en ait. Ce sera une surprise. C’est toujours plus simple quand on reconfigure une usine pour un lancement produit. Je le sais d’autant plus que je suis passé par Lancia, et sur l’Ypsilon de l’époque, ce n’était pas fait industriellement, mais à la main. Ça marche pour 15% de mix, mais pas 80%, chiffre que nous atteignons sur Citroën C3 Aircross.

En effet, on est surpris quand on en voit un sans pavillon différencié ! Pour moi, c’est extraordinaire et ça me rend heureux. C’est un hommage au travail des équipes Citroën, le fait que ces options se vendent. Car elles sont payantes. Ça fait basculer une marque, il faut du courage, de la résilience et de bons produits.


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Source : 

https://theautomobilist.fr/interviews/citroen-c4-cactus-restylee-expliquee-createurs-12-arnaud-belloni-180798